IGNOCRATIE #92

Moutons

 

Hermyane étant un peu déboussolée par sa nouvelle vie sans enquêtes et par les indices qui se multipliaient et qu’elle essayait d’ignorer, incapable pour autant de ne pas les relever: cinq plumes d’oiseaux devant son Néki pour essayer de bouger son pouce, des collages un peu partout qui venaient s’ajouter aux tags et qu’elle récupérait, par habitude professionnelle pour les glisser dans son carnet de voyage. Celui qu’elle gardait toujours sur elle: où qu’elle soit et quoi qu’elle fasse.
D’ailleurs, même si elle devait aller danser une salsa démoniaque, un jerk rétro ou un madison avec des copains, elle avait son carnet avec elle, dans sa main, à la place d’un verre de gnôle qu’elle ne supportait plus et de l’autre, généralement, elle tenait son joint. Ce qui lui permettait de garder le rythme, un peu comme avec les ramoneurs sur les toits et Marie la Pine.
Bon, tout cela était bien gentil, cependant cela ne ferait pas aboutir son projet de vie tranquille, funky et un peu crado, à la montagne. Oui parce qu’elle l’avait décidé, pour imiter la Doursier: elle chierait dans les bois et se torcherait aux feuilles des arbres, elle se moucherait dans ses T-Shirt et elle ne se laverait plus que tous les trois jours; de toute façon, sa peau était un peu délicate à cause du soleil brûlant et en matière d’hygiène elle avait son point de vue: personnel, écolo et responsable. Une douche tous les jours pouvait être nécessaire, si on avait couru un marathon dans les bois avec son chien et un sanglier, fendu des bûches pour le poêle, piocher la terre pour y planter des fruitiers ou encore dansé toute la nuit en se défonçant sur des airs, par-ci, par-là. Le reste du temps, si on l’avait passé à regarder un film dans son plumard ou à se gratter les tibias, on pouvait se contenter d’une toilette de chatte – au sens propre et au sens figuré: un gant de toilette et un peu d’eau savonneuse; le petit minou, le culcul et les aisselles et le visage et dans le sens inverse, s’il vous plaît : faut pas déconner!
Donc, elle savait déjà comment réduire considérablement ses besoins en eau. Pour l’électricité ce ne serait pas un problème: elle était déjà en mode réduction depuis un certain temps à cause d’un dégât des eaux dans son appartement. Comme il y avait de l’eau qui coulait des murs et du plafond, elle avait installé des bassines et s’endormait avec le ploc ploc doux et rassurant des gouttes et elle avait coupé le chauffage et se foutait sous la couette avec sa bouillotte: Tibouk Kilète bien calée sur elle pour surveiller les risques d’effondrement ou d’incendie du Bordel.
Pour le jardin: elle demanderait à ses frangine et pour les ruches et les poules et bien elle apprendrait, voilà tout!
Quand on est capable de suivre les pas d’un madison, défoncée et avec un carnet et un joint dans les deux mains et sur des échasses, on doit bien pouvoir s’occuper de poules qui pondent des gros œufs et d’abeilles qui font du miel, vous ne pensez pas?

 

Contes sur les fées et les dragons, numérobis, version moins poétique et plus réaliste pour les vrais et dans un langage moins châtié pour les débiles consanguins qui se reconnaîtront (Big Up la « famille b/f »).

Contes fées et dragons pipi caca

Il était une fois, dans un monde apocalyptique qui ressemblait presque à une Mite – et beaucoup se perdent, c’est un fait – selon lequel les hommes et les femmes, se prenant pour autre chose que ce qu’ils étaient – à savoir des chiasses irresponsables, absentes, vautrées dans l’infidélité, la quête des sous-sous et le mensonge récurent – se sont vu faire gros Pam-Pam Cul-Cul, par dieu. Ce dernier, ne manquant ni d’idées, ni de vices, fit une chose extrêmement pernicieuse: il embrouilla toutes les langues de façon à ce que toutes ces chiasses d’hommes et de femmes arrogants, qui avaient oublié qu’ils avaient un cul pour chier comme tout le monde et des grosses poutres dans leurs yeux qu’ils préféraient ignorer; pointant du doigt la paille dans celle de leur voisin. Bref, tous ces cons-là avaient été bien punis, parce qu’ils passèrent des plombes à essayer de se comprendre à nouveau. Heureusement pour eux, à défaut d’être brillants, ils étaient accompagnés de tas de choses vivantes avec lesquelles communiquer: arbres, oiseaux, serpents – oui, même eux et aux chiottes le jardin d’eden et la eve responsable de tous les malheurs du monde: version fort misogyne du bordel biBiltik, vous en conviendrez…
Bref, ils étaient accompagnés dans leur quête de compréhension du monde, d’eux-mêmes, des autres – et cætera, et cætera, et cætera. – par d’exceptionnelles formes de vie telles que les fleurs, les abeilles, des multitudes d’espèces volantes, rampantes, grouillantes, végétales, animales dont le nombre était alors incalculable et la conservation précieuse et vitale pour tous. Car, aussi débiles et arrogants qu’ils fussent, ces hommes et ces femmes n’en étaient pas moins réalistes: sans aide, jamais ils n’auraient pu parvenir à se comprendre à nouveau.
Ce fut un éclatement de joie jamais connu auparavant: une liesse bien légitime car aucun homme et aucune femme ne peut supporter, ni ne mérite la solitude trop longtemps. D’ailleurs, à ce propos, pour ne pas oublier l’événement: ils firent un super film où un naufragé se lie d’amitié profonde avec un ballon de football, qu’il grime à son goût pour pouvoir lui parler et communiquer, ses joies, son quotidien et parfois aussi sa souffrance et sa solitude extrême. Car, c’est bien connu, un naufragé échoue toujours seul sur une île à la con; où il doit trouver de quoi manger, boire, faire du feu et des toilettes sèches bio et qui puent pas – la blague!
Bref, l’éclatement de joie générale fut tel, que les hommes et les femmes se mirent à inventer des tas de choses: c’est qu’ils avaient vachement de temps libre depuis qu’ils se comprenaient partout dans le monde…
Bien sûr, il y eut des trucs très très chouettes: comme les fours pour les feujs, les gitans, les handicapés et tout ce qui ne voulait pas dire à la Grosse Moustache qu’il était grand, beau, blond et fort…
Il y eut aussi des oiseaux métalliques fabuleux qui échouaient sur des îles à la con surnaturelles ou bien finissaient dans le triangle des bermudas ou bien encore explosaient en vol avec plein de barbus gesticulants dedans pour aller baiser des vierges au paradis.
Tout cela se faisant toujours en éclatant la tronche des multitudes d’êtres vivants et sensibles dans les airs et aussi un peu dans les océans: les naufrages, tout ça, tout ça.
Et comme cela ne suffisait toujours pas à remplir le vide laissé par la quête de la compréhension de soi, des autres, et cætera, et cætera, et cætera. Comme cela ne suffisait pas, ils se mirent à oublier.
C’est à dire qu’ils inventaient tant d’objets utiles et moins utiles qui faisaient tout à leur place, que ces chiasses d’humains savaient de moins en moins de choses.
Cela commença par l’agriculture. Désormais, beaucoup de gens pensaient que les choux fleurs poussaient dans les arbres et les orchidées dans le cul de Rancifos. Et ce n’était pas le pire! Les humains ne savaient plus très bien cuisiner: certains même affirmaient que les pâtes devaient se cuire dans l’eau froide et qu’il fallait dix minutes de cuisson pour des œufs mollets! Non mais allô quoi? T’es un humain et tu sais plus te faire cuire un œuf? La plupart des gens, ne savaient même plus que ces derniers sortaient des culs des poules et pensaient que le chocolat venait des vaches marrons…
Quelle tragédie, n’est ce pas?
Et ce n’était pas le pire.
Le pire étant que ces chiasses d’humains avaient mis au monde une progéniture fort intelligente. Le cerveau reptilien que ça s’appelle. C’est à dire que la progéniture comprenait beaucoup mieux que ses parents que le monde allait bientôt exploser de tant de conneries et que le vivant, sensible et indispensable allait disparaître! Pouf! Abracadabra: une chance sur des milliards que le miracle de la vie fut et il fut et il allait être défut…
La progéniture, ayant un cerveau reptilien très développé manifestait une intelligence rarissime: celle de comprendre que plus rien n’avait de sens, que le langage commun ne servait plus qu’à débiter des inepties et que l’amour – un truc vieux et déclassé et cependant d’une importance capitale pour développer de la sensibilité aux choses immatérielles et vivantes – s’était cassé en courant.
Oui, parce que, nous l’avons déjà dit, cependant nous ne parvenons pas à récupérer le torchon qui l’explique. Petit récap: le monde était donc tout aussi embrouillé et au bord de l’explosion que lorsque les hommes ne pouvaient plus se parler. Et c’était désormais parce qu’ils ne pouvaient plus s’aimer. Une histoire un peu trop compliquée et poétique pour beaucoup, alors réécrivons-là tous ensemble! Youpiii!
Les fées, qui normalement possédaient des pouvoirs magiques extraordinaires capables de réaliser des soupes, des miracles dans un four – pas avec des feujs, des gitans, des handicapés, et cætera, et cætera, et cætera. – plutôt avec des beaux légumes du jardin, des fruits fabuleux et plein de jus, de la farine de blé, de seigle, d’épeautre – ne pas confondre avec les apôtres, évidemment! – des œufs, du miel et nous en passerons et des merveilles. Bref, les fées, qui pouvaient avoir une bite, une crête, des ongles vernis dorés, du rouge à pipes – on s’en fout – l’idée résidant principalement dans la capacité à être au monde de façon simple et authentique. Les fées, donc, étaient faites pour aimer les dragons qui pouvaient avoir aussi une bite accompagnée de grosses couilles ou bien un abricot tout poilu et aux mille parfums possibles – dont le parfums chatte mouillée qui veut un orgasme. Bref, le monde était donc plein de fées et de dragons, normalement destinés à s’aimer pour pouvoir mettre au monde ou cultiver, ou adopter des marmots braillards et plein de vie et qui avaient besoin de parents. Les parents pouvaient être deux dragons bités et plein de feu ou encore deux fées bleues ailées et pleines de chansons débiles: cela n’avait aucune importance du moment que le ptiot était aimé et entouré de soins adaptés. Non parce qu’évidemment, ayant tout oublié, les géniteurs avaient mis au monde des trucs improbables: des dragons méchants et féroces qui suçaient leur pouce, des fées puissantes et capables de faire huit tiramisus et douze gratins en se curant le nez et en jouant du djumbé ou encore des drafons – un mélange de tout le bordel – capables de scruter l’horizon tout en jouant du piano debout les pieds dans l’eau de mer pour y pêcher des crabes. Voilà. Tout cela était d’une beauté ahurissante: il s’agissait du cri de tous leurs cœurs brisés et incapables de s’aimer qui vociféraient à leurs abrutis d’aînés que le monde allait bientôt tout claquer et qu’il n’y aurait plus rien du tout alors qu’aller travailler pour un salaire de merde et tout dépenser  pour tout détruire plus vite, ne les intéressaient pas. Ils préféraient se mettre des concombres dans le cul, fumer du bois de hêtre, bouffer leurs doigts, garder leurs mains pour demain et se raser les cheveux pour faire des perruques pour les nécessiteux…
Donc, voilà: retour à la case pam-pam cul-cul; pas bien, tout embrouillé, plus capables d’amour et sans amour plus rien.
Cependant: certaines fées, avec ou sans bites et certains dragons, avec ou sans fentes, étaient libres de toute cette merde. Non pas qu’ils ne voulaient pas aimer ou être aimés en retour, bien au contraire, seulement ils avaient conscience de l’urgence – vous savez, le bordel du vivant qui disparaît. Et ceux-là, humblement, voulaient juste mener une vie simple et sobre – avec ou sans gnôle, faut pas être con: cela dépend des goûts et des besoins – au plus près des choses vivantes, de manière autonomeuh et solidaire et responsable et en musique et avec des paillettes dans le cul: pourquoi pas. L’idée étant juste qu’ils aimaient bien qu’on leur foute la paix et qu’on les laisse être ce qu’ils étaient. Et quand bien même une fée brune à la taille de guêpe avec des lèvres charnues et pas de seins aurait été amoureuse d’un beau dragon féroce, aux cheveux courts et crépus ou encore aux cheveux longs et noirs comme un indien qui pue dans la ville, quand bien même cette fée aurait été amoureuse à en crever dix fois (au moins!), elle préférait encore mourir dix fois de plus que de renoncer à sa liberté durement gagnée.
Voilà.
C’est fini.
Claro o no?
Et bonne bourre, et bon week-end – gnôlé ou pas je m’en tape le cul par terre pourvu que je puisse respirer, s’il vous plaît, dire ce que j’ai envie – ça plaît pas? Je vous emmerde.
Et cuisiner des endives – quand j’aurai mon four sans feujs, sans gitans et sans handicapés cramés dedans et écouter du pera ou du Vivaldi ou mes pets sous la douche!
Et affectueusement, pas toujours!
Emelyne, Hermyane, Aube, Denleze, connasse, toxico, pute et à peu près tout ce qui vous chante sauf famille débile et dégénérée b/f.
A bon entendeurs, des gros misous!
Et vive la Framboise, toujours!

 

IGNOCRATIE #91

Moutons

 

 

Hermyane avait donc du temps pour elle et son tout nouveau projet de solitude, de maison sobre et pleine de soleil, de potager et de ruches bourdonnantes, ce qui la rendait un peu nerveuse: c’était bien la première fois de sa vie; les enquêtes sordides et amusantes, tout ça, tout ça.
De plus, son enfance n’avait pas été tous les jours de tout repos, un peu comme tous les gens d’Ignocratie et d’ailleurs et étant l’aînée de sa soeurie : elle avait eu le bon exemple à donner, vous ne l’ignorez plus. Madiwe avait fait plus que largement sa part, l’Anarmej avait laissé son dos, son épaule, et une oreille sur ses chantiers de forçats et les frangines étaient délurées: comme tous les loups et louves, d’Ignocratie et d’ailleurs et vous ne l’ignorez plus, non plus. Les loups étaient partout sauf dans les forêts désormais, c’était de notoriété publique. L’Animal à quatre pattes – pas celui qui en avait les dents aiguisées, et la hargne et le sens de la meute et qui était doté cependant d’une conscience, d’une sensibilité évidente et se déplaçait dans des baskets, des bottes de pluie ou encore des mocassins et des sandales; l’animal à quatre pattes, donc, était tristement en voie de disparition. Ce qui n’avait pas empêché le Nocram et sa salope et toute ridée de bonne femme d’appeler au meurtre de la bête. Comme si ceux-là voulaient éradiquer de la surface de la terre les seuls spécimens rescapés du carnage général en matière de choses vivantes et comme s’ils représentaient un danger. Pour les agneaux mal gardés par leur berger, éventuellement, mais pour les Nocram, les Nulot et la Trugonex bien cachés dans leurs hectares ou leurs îles privées: sûrement pas. A moins qu’Hermyane ait mal saisi l’information de sa frangine, qui était de passage chez Sireyne Mars à Sela et qui plantait avec elle des centaines de tomates, d’artichauts, de radis, et cætera, et cætera, et cætera. Par nécessité d’aider le vivant à survivre à la Bactérie Unicellulaire, pour le plaisir de sentir la terre et ses gros vers dans leurs mains, pour l’éducation d’Akulo et Alélic, pour permettre à Lirnaett de préparer de bons plats consistants, nourrissants et à des prix accessibles à tous. Les trois frangines avaient en commun ces caractéristiques: elles se souciaient et des loups, affamés ou traqués, et des marmots dans leur famille et ailleurs et de bien nourrir tout le monde et de ne pas le faire sur le dos des pauvres et d’envoyer chier ceux qui les emmerdaient et de vouloir que le soleil brille un peu pour tous. C’était un sacré boulot, alors elles n’hésitaient pas à faire appel aux talents de chacune quand c’était nécessaire.
Hermyane ayant démissionné du seul travail pour lequel elle était douée et ayant des envies de nature et de respect de tout, elle appelait ses frangines régulièrement et elles échangeaient autour des légumes, des enfants, du soleil, de la santé des membres de leur famille et des actualités. C’est ainsi qu’Hermyane avait appris, pour les loups et l’appel au meurtre de cette chiasse de Nocram. Celui-là n’avait décidément dit qu’une seule chose d’intelligent dans sa putain de vie ratée : comme en randonnée ou en escalade, dans la vie il ne faut pas laisser les derniers de cordée derrière. Ce qui revenait un peu au même que la devise d’Hermyane: tout le monde ou personne. Et comme personne ne s’intéressait à la dérobade de la Rouma mais que tout le monde était préoccupé par la disparition des abeilles, du vivant et des loups: elle avait décidé de se concentrer sur son nouveau projet pour imiter et ses frangines, et la Doursier et tous ceux qui œuvraient dans ce sens. Pour ne laisser personne derrière: ni loup, ni abeille, ni enfant, ni pauvre amputé à la Kapital, ni connasse ridée, ni ver de terre, ni même la chiasse de Rancifos. La Rouma pouvait bien rester là où elle était: il y avait bien plus urgent à faire, c’était désormais une évidence pour notre enquêtrice chevronnée qui avait envie de mettre ses mains dans la terre aussi et d’y débusquer de gros vers longs comme des Vipères!

IGNOCRATIE #90

Moutons

 

 

Hermyane s’enferma chez elle, pas à clé, comme tous les jours et décida de dormir toute la journée pour mieux cavaler de nuit: de temps en temps, elle aimait bien renverser la vapeur de la vie et des us et coutumes des habitants d’Ignocratie et d’ailleurs. Une fois rassérénée par cinq longues heures de sommeil, elle se leva et quitta sa chambre qu’elle ferma à double tour, cette fois: pour préserver Tibouk Kilète de toute tentative de kidnapping par les nazis, les extra terrestres, les bolchevics ou encore les vétérinaires sans pitié. Oui, msieurs’ dames’! En Ignocratie comme ailleurs et à l’heure de l’avènement de la Bactérie Unicellulaire: tout est possible et tout est réalisable. C’est donc extrêmement confiante en son projet qui allait lui coûter un bras et un rein, puisqu’elle avait bossé gratos pour l’état de non droit toute sa vie, qu’elle sourit à la nuit fraîche qui l’accueillit lorsqu’elle sortit de chez elle, aux alentours de quatre heures du matin. Il faisait froid, les étoiles étaient nombreuses et elle ne croisa qu’un chat, quelques oiseaux siffleurs et deux mecs: un lui donna une barre chocolatée et le second tenta de l’ignorer, cependant elle le salua toutefois et poliment, avec ça!
Sur les murs, elle nota que les indices relatifs à cette chiasse de Doursier étaient de plus en plus nombreux et elle essaya de les ignorer pour ce concentrer sur son nouvel essentiel: trouver une bicoque pour y foutre des abeilles, des poules, Tibouk, un pote pour Tibouk – elle l’imaginait roux et tigré et des rues, évidemment! Elle aurait aussi aimé pouvoir mettre dans sa bicoque au milieu du jardin : des brebis, un chien, des hippies, des clodos et des pauvres hères amputés comme à la Kapital. Oui, msieurs’ dames’! Hermyane débordait d’énergie et d’idées quant à ce nouveau projet qui lui durerait au moins trois ans. Elle l’avait décidé en scrutant l’exquis dessin d’une cabane abandonnée peint sur un mur, face à elle. Sela lui collait à la peau car ce coup de crayon, cette écriture fine et soignée: elles les connaissaient. Cependant, elle n’arrivait plus à savoir à qui ils appartenaient. Ce n’était pas la signature de la délicate, raffinée et sublimissime Baron Zar Kej : celle-là aurait prit la peine de dessiner une chatte noire, féline et ronronnante; Hermyane en était certaine. Ce n’était pas non plus la marque de Lieuthana Corcé Houpillad : une bonne collègue d’Hermyane beaucoup trop occupée à gérer son équipe de choc – Clédua, Ascalp, Minart et Le Mical – pour perdre son temps Précieux à taguer les murs environnants de la Denleze. De plus, elle aurait pris la peine, comme indiqué par son nom, d’y glisser une écriture sûre d’elle-même et un petit bonhomme qui souriait. Elle récupéra deux ou trois collages tout de même, au cas où et poursuivit son chemin nocturne tout en songeant à ses rêves de miel de ses ruches, d’œufs de ses poules et de litières de ses chats à nettoyer. Elle avait envie de foutre des coups de pioche et de pelle dans le sol : pour ne pas avoir à éclater des tronches de dispensés de réalité. Ce qu’elle ne les supportait plus, ceux-là ! Avec leurs désirs mièvres qui excluaient tout le reste du monde, surtout les pauvres! Elle releva un beau tag fait au pochoir: un poisson. Peut-être un Saumon? Il lui semblait que cette connasse de Doursier avait mentionné de la poiscaille dans sa tirade glauque de la veille. Ou l’avant-veille: cette fille avait le don de faire perdre la boussole. Cela aurait pu être la marque de ses potes Gaia ët Nobech, Cat Thieu Armonam ou encore de la dévouée Naj Buc Hanane, êtres sensibles et préoccupés au moins autant qu’elle par la cause des hères malmenés d’Ignocratie et d’ailleurs, But : ce n’était pas de la Kapital que venaient ces, tous les jours plus nombreux, messages et indices divers et variés. Ils arrivaient de Sela, c’était une évidence pour Hermyane. De toute façon, elle avait décidé de s’en contre foutre royalement, alors elle essaya de poursuivre sa marche et de les ignorer. Cependant, une inscription attira son attention, malgré elle: Pipi Caca que l’on avait écrit. Juste à côté d’une rose rouge superbe. Quel BlasphAime! Elle sut tout de suite qu’il s’agissait de la débilité profonde de cette chiasse de Susse Gamien Dardu, qui était bien de Sela et qu’elle imaginait rongé par un gros Ténia qui lui faisait faire des saucisses de deux mètres de long tous les matins. Elle cracha par terre, pour la peine. La saloperie s’était bien foutu de sa gueule, avec un autobus entier, lors d’un voyage scolaire en Manioure et ce parce qu’elle avait eu l’audace de s’habiller en Orange et Vert. Quelle chiasse, ce type! Cependant, Hermyane s’en était souvenu et n’avait pas manqué de relever combien sa vie était merdique depuis lors, tandis qu’elle s’éclatait. Et celui-là ne savait pas écrire son nom, alors des poèmes et des tags: fallait pas déconner non plus! Hermyane rentra se mettre au chaud, retrouva Tibouk qui ronflait comme une locomotive à Vapeur et se servit un kawa avec de la crème fraîche en songeant comme il serait fabuleux de traire une grosse Vache dodue et pleine de Lait.

IGNOCRATIE #89

Moutons

 

Hermyane avait pris une décision kapitale en se levant. Dehors il faisait beau – le genre de journée tendre et câline où le soleil joue à cache-cache avec des nuages de toutes les formes et de toutes les structures: des voilés grisâtres, des moelleux blanc comme la neige et des charnus ténébreux pleins de promesse d’orage, des bleutés, des rougeauds, et cætera, et cætera, et cætera. Le ciel, ce matin, était un peu comme l’humeur d’Hermyane : changeant et indécis. Cependant, tout comme le soleil qui prédominait toutefois dans les hauteurs ce qui maintenait une température douce et complètement hors saison, Hermyane rédigeait sa lettre de démission. Les émotions se mélangeaient dans son cœur trop abîmé par toutes les enquêtes sordides et amusantes qu’elle avait eu à élucider – pas toujours avec succès – cependant, elle était résolue. Elle allait tirer la chasse sur cette grosse chiasse de Rancifos et ses rejetons débiles une bonne fois pour toute. Tout en écrivant sa lettre de démission à son Chef, le Jorma Vian-Jichelm Deal, elle songeait à ce qu’elle pourrait faire, à la place: rejoindre la Piloce pour y travailler à l’ancienne; c’est à dire avec proximité et bienveillance à l’égard des gens – qu’il s’agisse de Loups affamés ou de brebis égarées – vendre du savon sur le marché avec la Vieille Nine Naje, faire du Pain avec Naje-Carm, ou presser des olives avec ses pieds pour se faire cuire le cul au soleil: tout un tas d’idées saugrenues lui traversèrent la tête alors qu’elle écrivait à son patron pour lui signifier qu’elle quittait définitivement son équipe. La Simone Rancifos pouvait bien se faire griller sa carcasse grasse et puante autant qu’elle le voulait; la Rouma rester dans son hangar pourri pour qu’elle puisse venir y démouler son cake tout en la contemplant: elle s’en fichait comme de l’an quarante!
Cette Putain de Doursier était sortie de son mutisme insupportable pour une logorrhée pire encore: elle retirait sa plainte, envoyait Sinodul Movic et tout son entourage nauséabond se faire cuire les œufs de ses poules et souhaitait se mettre à table pour tout autre chose. Elle voulait la peau du réseau de tordus de la quéquette à cause duquel elle s’était montrée si faible devant les yeux ténébreux de l’Apache à la voix gnôlée et tonitruante, le soir quand la porte était fermée et que plus personne ne voyait, ni n’entendait rien. Elle avait eu quelques difficultés émotionnelles à accepter de s’être fait berner par une famille aussi débile et malintentionnée à son égard cependant, elle faisait la part des choses: ce n’était pas là le plus grave. Et elle débitait du sale, à n’en plus finir: elle mentionnait des noms, en vrac : de Victimes, de Bourreaux, de nazis, de Princesses, de Seigneurs, de Réceptions Guindées. Elle mentionnait des actes, en vrac: d’Humiliations, d’abus sexuels, d’Animaux morts, de Vernis à Ongles Dorés, d’écartèlements, de dépeçages, de caresses tendres, de films sur le surnaturel, de pouvoirs magiques, de Dents arrachées, et cætera, et cætera, et cætera. Et elle le faisait avec un calme à glacer l’échine de n’importe quel enquêteur chevronné: même Hermyane.
C’en était trop. Hermyane ne voulait plus entendre parler d’aucune enquête, d’aucune sorte. Elle voulait se casser vivre à la montagne, pour imiter la Doursier avant qu’elle ne se mette à parler de choses innommables même en Ignocratie et ailleurs, c’est dire!
Elle écrivait donc au Jorma pour lui parler de son projet d’avoir un grand jardin avec des poules, des abeilles, des légumes divers et variés, des arbres fruitiers, un poêle à bois, une petite maison simple, une fendeuse à bûche, une pelle, une pioche, un Marteau et des clous; elle essayait d’y négocier une prime pour bons et loyaux services afin d’acquérir la bicoque : cependant, comme elle connaissait les restrictions budgétaires de son bureau, elle n’excluait pas d’avoir à travailler comme privée dans quelques petites enquêtes rurales de chatons perdus ou de crêpage de chignon entre voisins. Et lui expliquait qu’elle reviendrait sûrement vers lui, à ce moment-là, pour mettre en place un partenariat éventuel. C’est que les hères pauvres et ignorés étaient tous les jours plus nombreux, vous ne l’ignorez plus, alors ce ne serait pas bien difficile de trouver quelques missions, par-ci et par-là, pour mener à bien ce projet de Solitude et de Nature dont elle avait grandement besoin! Quelle chiasse cette enquête: elle avait finalement eu raison de la ténacité de notre Détective Denleze et ce n’est pas peu dire, vous ne l’ignorez pas!
Chienne de vie, se dit-elle, en mettant un point final et un petit cœur à l’attention de son ancien chef: en tout bien tout honneur, évidemment!

Contes écolos pour petits et grands #5

Maboule, la poule…

 

Contes écolos #5

Il était une fois, dans une immense cité de poules, une poule qui n’avait pas de nom.
Comme toutes les autres poules, infiniment nombreuses, de cette ville.
C’était une poule sans nom, sans particularité, une poule qui ressemblait à toutes les autres.
Et dans cette ville appelée Big-Poulpond, il n’y avait pas que les poules qui se ressemblaient : les journées y étaient toutes les mêmes pour toutes les poules nées dans cette étrange cité grise que même le soleil avait abandonnée…
On ne pouvait pas dire que les poules qui habitaient Big-Poulpond étaient très heureuses. Elles y menaient, toutes sans exception, une dure vie de labeur, sans distraction, sans rire, sans mère-poule et sans soleil. La lumière y était pourtant très vive, la journée : mais c’était une lumière artificielle et blanchâtre de néon… Alors que partout ailleurs, les poules se levaient avec le soleil, les poules de Big-Poulpond, ne l’ayant jamais vu, se levaient quant à elles avec la lumière des néons. Et les néons rythmaient de drôles de journées ! Du lever au coucher, sans relâche, les poules devaient pondre dès que les néons s’éclairaient et devaient se coucher dès qu’ils s’éteignaient. Et il n’était évidemment pas question de protester pour se lever ou se coucher plus tard ! Les néons décidaient ! Elles mangeaient chaque jour la même chose : une bouillie sans goût, qui leur était distribuée. Elles n’avaient pas de terre à gratter, pas de vers de terre à y débusquer, pas d’herbe grasse et verte à déguster, pas de fruits à picorer, pour le goûter. Toute la ville était bétonnée et il n’y avait pas de fenêtre, bien sûr. La nuit, elles devaient s’entasser sur des perchoirs trop petits et n’avaient que très peu de place pour dormir. Jamais une poule n’avait d’intimité à Big-Poulpond : ce qui finissait par rendre certaines poules agressives voire même violentes ! La vie à Big-Poulpond était extrêmement stressante et difficile et en plus, il fallait pondre de gros œufs chaque jour. On sait pourtant qu’une poule stressée pond moins d’œufs mais celles de Big-Poulpond n’avaient pas d’autre choix. Parce qu’à Big-Poulpond, si on cessait de pondre, on disparaissait…
Cela venait d’ailleurs de se produire à nouveau, à une poule voisine de notre poule sans nom et sans particularité…
Un soir, alors que les néons s’étaient éteints, notre poule avait constaté que sa voisine avait changé. On se parlait peu à Big-Poulpond mais ce changement intrigua suffisamment notre poule pour qu’elle finisse par demander, à voix basse :
« Tu es nouvelle ? Tu ne dors pas ici normalement…
Cette voisine ne semblait pas très bavarde car c’est à peine si elle hocha du bec. Notre poule, insista :
– Tu sais où est partie ma voisine, celle qui était là avant toi ?
Nouveau hochement de bec.
Sur le perchoir du dessus, on se moqua :
– Tu le demandes ? Ta voisine ne pondait plus, alors…
Notre poule, soudainement animée par une curiosité inhabituelle voulut en savoir plus :
– Alors quoi ?
Deux perchoirs plus bas, on s’énervait :
– C’est pas fini de discuter là-haut ?! Les néons sont éteints, il faut dormir ! On a toute une dure journée de ponte à faire demain, alors la paix ! On ne veut pas finir comme ta voisine, justement !
Notre poule, dont la curiosité ne faisait que grandir, chuchotait maintenant à l’attention du perchoir du dessus :
– Alors quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe lorsqu’on cesse de pondre ?
C’est que, notre poule était un peu jeune et il y avait encore bien des choses qu’elle ne comprenait pas dans le fonctionnement de Big-Poulpond.
Mais le perchoir du dessus ne répondait plus non plus. Déçue et inquiète, notre poule soupira. Ce qui suscita peut-être la compassion de sa nouvelle voisine, qui daigna enfin faire autre chose que hocher son bec et l’ouvrit pour murmurer :
– Ne cesse jamais de pondre ! C’est un conseil. Sinon, comme ta voisine, tu disparaîtras…
Mais notre jeune poule ne comprenait toujours pas :
– Disparaître ? Mais enfin, on ne peut pas disparaître comme ça sans laisser de trace dans une si grande ville, c’est impossible !
Ce fut au tour de cette nouvelle voisine de soupirer devant tant de naïveté… Excédée, pressée de dormir pour assurer sa journée de ponte du lendemain, elle finit par lâcher :
– Disparaître, se faire tordre le cou, être zigouillée, déplumée, rôtie au four, dégustée dans un restaurant ou jetée aux ordures et aspergée de javel, il t’en faut bien des explications pour comprendre, toi ! Couic ! Voilà ce qui est arrivé à ta voisine ! Cesse donc d’être sotte et dors ! »
Un frisson glacial parcourut notre poule du jabot à l’ergot lorsqu’elle comprit enfin ce qui était arrivé à sa voisine…
Cette nuit-là, elle ne trouva pas le sommeil. La nuit suivante non plus, d’ailleurs.
Cette nouvelle l’avait tant terrifiée que notre poule commença à en perdre la boule.
La nuit, elle ne dormait plus. Lorsqu’elle y parvenait enfin, elle faisait de terribles cauchemars dont elle se réveillait en hurlant ce qui réveillait jusqu’à dix perchoirs au-dessus et au-dessous d’elle. La journée, elle restait cloitrée dans son pondoir afin de s’assurer de pondre et elle en oubliait de manger sa bouillie. C’est pas qu’elle fut bonne, cette bouillie, mais si elle ne se remplissait pas le jabot, il lui était impossible de pondre ! Mais ça aussi, elle l’avait oublié… D’ailleurs, elle était désormais bien trop stressée et inquiète pour pouvoir pondre un œuf…
Au bout d’une semaine sans ponte et alors qu’elle était toujours cloîtrée dans son pondoir, il se produisit ce que notre poule avait redouté le plus dans ses horribles cauchemars : on vint la chercher, elle allait disparaître…
Elle fut d’abord attrapée par une main d’homme froide et caoutchouteuse, elle fut ensuite jetée dans une cage et transportée manu militari dans une pièce qu’elle n’avait encore jamais vue à Big-Poulpond. Une pièce où des tas d’humains allaient et venaient, pressés par une maladie dont elle ignorait tout. Mais notre jeune poule, sans nom et sans particularité, avait pour l’heure une préoccupation bien plus grande que l’état de santé des humains qu’elle voyait pour la première fois : elle allait être zigouillée, on lui tordrait le cou, on la déplumerait, on la rôtirait ou on la jetterait aux ordures ! Affolée, terrifiée et enfermée, notre poule hurlait maintenant de toutes ses forces et donnait des coups de becs à se le casser sur les grilles de sa cage…
Mais personne ne faisait attention à ses hurlements et personne ne se souciait de son sort : dans la pièce, on allait et on venait sans même lui jeter un coup d’œil…
Personne ou presque. Près de la sortie, se tenait un couple de paysans différent des autres : d’abord, ils ne portaient ni blouse, ni gants en caoutchouc, ni masque étrange sur le visage. Et puis surtout, ils ne couraient pas dans tous les sens comme les autres. Non, ils attendaient.
Notre jeune poule terrifiée, afin de se calmer les nerfs et de ne plus penser ni au zigouillage, ni au déplumage, ni à la rôtissoire, décida de se concentrer sur les deux paysans et les observait. Soudain, quelqu’un s’occupa d’eux et elle vit le paysan récupérer une caisse avec deux poules plus jeunes encore qu’elle ne l’était. Des voyageuses ! Elle en avait bien entendu parler, par son ancienne voisine mais elle n’y avait pas cru : tout le monde riait de ce mythe à Big-Poulpond ! Un mythe qui prétendait que, parfois, quelques poules pouvaient échapper à la dure vie de la cité et s’en aller voyager vers d’autres poulaillers. Elles y menaient soi-disant des vies tellement plus paisibles et plus exotiques. Des vies où elles avaient la liberté de se lever et de se coucher avec le soleil, de gratter la terre pour y chercher des vers, de déguster de l’herbe fraîche à peine tondue et de pondre comme ça leur chantait !
Le couple de paysans s’apprêtait à repartir, avec leurs deux poules voyageuses qui caquetaient gaiement de plaisir, lorsque notre jeune poule, qui avait perdu la boule sous le coup de la terreur, se mit à hurler de plus belle ! Car si le mythe des voyageuses n’en était pas un, alors, à coup sûr, on lui tordrait le cou sous peu et la peur l’avait à nouveau envahie…
Près de la sortie, la paysanne, alors que son mari était en train d’installer confortablement leurs voyageuses dans une belle camionnette blanche à l’extérieur, demandait :
« Qu’a donc cette poule, dans la cage ?
Derrière un masque qui cachait le visage on répondit :
– Oh, ça ? Ce n’est rien, juste une poule retirée de la batterie. Elle pond plus, alors, on la garde pas.
La paysanne semblait contrariée :
– Ce qui signifie ?
Derrière le masque on soupira :
– Ben, qu’on va la zigouiller, pardi !
Et alors que son interlocuteur allait la planter là, elle s’écria :
– Nous l’achetons aussi ! »
Quand il s’agissait de mots comme acheter ou vendre, les humains manifestaient toujours un intérêt soudain.
Certains murmuraient même que c’était là le premier signe de l’arrivée d’un dragon au souffle destructeur. Mais cette histoire là n’intéressait personne, encore…
On lui apporta la cage, on prit, bien sûr, le billet de banque qu’elle tendait et on la salua poliment avant de retourner ramasser les œufs pour les vendre et pour acheter d’autres choses…
C’est ainsi que notre poule sans nom, à deux ailes de la rôtissoire, fit un voyage inattendu dans une belle camionnette blanche…
Elle arriva dans un petit hameau de montagne isolé du reste du monde du nom de Pouilhou.
Elle intégra un immense poulailler où picoraient joyeusement six autres poules rousses, bien dodues et à la crête fière.
Dans ce poulailler, il y avait de l’herbe, de la terre, du grain à volonté, un abri pour la nuit avec de grands perchoirs bien spacieux et surtout, il y avait du soleil ! Tout autour, il y avait de grands arbres où des familles entières de pinsons, mésanges et rouges-gorges nichaient et des bosquets de fleurs dispersés un peu partout. C’était joli et ça sentait si bon !

Contes écolos #5 bis

Afin de bien accueillir les trois nouvelles, trois des poules rousses qui vivaient là depuis plusieurs années, s’approchèrent. Narcisse, le coq de cette basse-cour, resta quant à lui dans son coin, comme toujours. Il avait mieux à faire que d’accueillir ces nouvelles dames : il lui fallait s’admirer dans le reflet d’une flaque d’eau.
Du côté des poules, il y avait de l’animation :
« Salut! Moi, c’est Punky. Ici, c’est moi la Chef, les raisins secs et les grains de tournesol, c’est prem’s. Sinon, bienvenue à vous trois. Vous verrez c’est un endroit sympa.
Les trois nouvelles observaient la Chef, surprises. Punky eut l’air de comprendre tout de suite:
– Ouais, je sais, j’ai davantage l’air d’un coq que d’une poule. Je suis balaise, c’est vrai. Et regardez-moi cette crête!
Fièrement, cette drôle de poule très directe qui ressemblait à un coq, montrait sa belle crête et ses cuisses musclées aux nouvelles venues. Une belle poule rousse s’interposa:
– Mon nom à moi c’est Poupoule. Elle, elle le sait pas encore mais la future Chef, c’est moi! Les bouts de fromages et les jeunes pousses de salade, c’est pour bibi! Sinon, bienvenue à vous trois!
Les trois nouvelles écoutaient en silence ces doyennes se présenter.
Une troisième poule prit la parole:
– Moi, c’est Cocotte. La bouffe, j’m’en fous. Ici, c’est opulence et gastronomie à tous les repas, pas la peine de se battre! Par contre, mon nom est pourri. Les péluts étaient pas inspirés quand ils m’ont ramenée. Je leur en veux grave et ils le comprennent pas! Cocotte? Cocotte?! Sérieusement? Et pourquoi pas Poupoule aussi, non?! Rien contre toi, ma vieille, mais quand même! Ils auraient pu chercher un peu, non? J’ai le bec tordu. J’aime boire à la bouteille. J’ai plein de caractéristiques très spéciales et on me file un nom débile! Non, ça, vraiment, je le digère pas…
Et cette drôle de poule, un peu aigrie, s’en allait déjà se cacher sous un abri qu’elle affectionnait tout particulièrement: à cette heure, elle y serait à l’ombre du sorbier.
Ici, Punky poursuivait la conversation:
– Excusez-là, elle est un peu sensible quand il s’agit de se présenter. Elle est un peu à cheval sur cette histoire de caractéristique. C’est que ici, nos noms ont un rapport direct avec notre particularité. Et c’est important, cela fait de nous des poules particulières, impossibles à confondre avec d’autres poules. Moi, par exemple, j’ai une belle crête de coq, alors on m’appelle Punky. Elle, c’est Poupoule pour Poupoule-au-pot… C’est que, elle aussi, elle est bien dodue et prête à passer à la casserole si les péluts le voulaient. Mais ne vous inquiétez pas! Aucun risque! Ici, ils nous vénèrent. On mange trois fois par jour, tous les jours des saveurs variées dont vous n’avez même pas idée. On dort dans un palace et, du matin au soir, on fait ce qu’on veut. Ponte ou pas, toutes les journées sont aussi merveilleuses les unes que les autres! On doit être des espèces de déesses, pour eux…
Les trois nouvelles, sidérées par tant de nouveautés et d’étrangeté, n’osèrent pas tout de suite demander qui étaient eux ?
Au lieu de quoi, l’une d’elle osa enfin:
– Et qui sont ces trois autres poules, là, derrière?
Ce coup-ci, ce fut Poupoule-au-pot qui se chargea des présentations:
– Madame Pirate, Jane et Causette. La première est arrivée ici blessée à la patte, ce qui lui a valu son nom. La seconde, c’est Jane Doe, parce que les péluts ne trouvaient rien la concernant. C’est parce qu’ils avaient pas encore vu ses œufs! Les plus gros que Poulaillhou ait jamais comptés! Enfin, Causette est une doyenne, elle aussi. Mais pas causante. Elle fait toujours bande à part comme une pauvrette, allez savoir pourquoi!
Une seconde poule chez les nouvelles, qui commençait elle aussi à se sentir plus à l’aise, finit par s’exprimer à son tour:
– D’où nous venons, les poules n’ont pas de nom et encore moins de caractéristique particulière. C’est bien malheureux…
Les doyennes, de concert, s’exclamèrent:
– C’est impossible! Nous avons toutes une singularité. Seulement, parfois, elles ne sont pas évidentes, ces petites choses qui nous distinguent des autres. Mais il suffit de chercher un peu pour trouver, à coup sûr!
Et les doyennes attendirent patiemment que les nouvelles habitantes de Pouilaillhou trouvent en elles-mêmes ce qui les distinguait des autres poules, de Big-Poulpond et d’ailleurs…
Alors que les trois poules s’examinaient attentivement, l’une d’elle finit par déclarer, triomphante :
– Je sais ! Je ne suis pas rousse comme vous toutes! Regardez! J’ai la couleur des fleurs de cet arbre, là!
Et elle désignait un acacia, qu’elle ne connaissait pas puisqu’elle en voyait un pour la première fois. Poupoule, fièrement, lança:
– J’ai entendu dire par la péluts que c’était blanc, la couleur des fleurs d’acacia.
Alors, la jeune arrivée se dressa fièrement, pour montrer qu’à Big-Poulpond aussi on savait des choses et elle demanda:
– Blanc? Comme la neige?
Les autres approuvèrent et la nouvelle lança, triomphante:
– Je m’appellerai Blanche Neige!
Cette trouvaille inspira l’une de ses compagnes de voyage qui s’observait très attentivement et qui lança:
– Je ne suis pas rousse non plus! Et je ne suis pas blanche! Qu’elle est donc cette couleur?
Poupoule, qui à nouveau allait pouvoir faire partager ses lumières aux autres, se redressa fièrement ce qui agaça profondément Punky: depuis que sa camarade avait fait un séjour à l’infirmerie chez les péluts et qu’elle avait eu la possibilité d’entendre bon nombre de discussions passionnantes, il fallait toujours qu’elle joue les érudits à la moindre occasion!
– C’est noir. Je peux même vous parler d’une princesse noire du nom de Karaba qui…
Mais Punky ne la laissa pas poursuivre:
– Karaba? C’est joli! Et elle se tourna vers la nouvelle: ça te plaît?
La nouvelle, émue de connaître sa couleur hocha la tête. Elle semblait très heureuse de ce nom exotique.
Tous les regards, désormais, se portèrent sur la dernière poule: notre poule sans nom et sans particularité qui avait échappé à la rôtissoire de peu et qui n’avait pas encore osé ouvrir le bec.
A vrai dire, elle était terrifiée par tant de nouveauté et de changement. Elle s’examinait de la tête aux pattes mais ne trouvait rien, aucune caractéristique, aucune singularité, rien. Elle se sentit si stupide de ne pas parvenir à déceler chez elle une particularité qu’elle se mit à battre des ailes et à hurler avant de bondir dans le poulailler pour se réfugier dans un pondoir…
Les autres en restèrent sur le croupion. C’est Punky qui parla la première:
– Eh bien! En voilà une qui est complètement maboule, on dirait! Ce sera donc son nom: Maboule la poule!
Et c’est ainsi que notre poule sans nom et sans caractéristique fut surnommée Maboule par ses compagnes.
Longtemps, Maboule mérita son nouveau nom.
En effet, si Blanche Neige et Karaba se firent très vite à leur nouvelle vie, ce ne fut pas le cas de Maboule qui continua à faire des cauchemars dans lesquels on lui tordait le cou, on la déplumait, on la rôtissait…
Puis le temps calma Maboule qui conserva toutefois ce nom ainsi qu’une tristesse indicible dans le cœur: nul ne le savait mais elle cherchait toujours à découvrir en elle-même une singularité sans y parvenir et elle craignait maintenant de mourir sans l’avoir jamais trouvée…
Un beau matin de printemps, alors que la Brise soufflait légèrement et que Jane venait de laisser un œuf énorme dans le pondoir d’or – celui-ci étant le plus confortable de tous, Maboule, qui tournait en rond à la recherche de sa singularité, sans trop savoir pourquoi, décida de le couver. Elle le couva de tout l’amour de mère-poule dont elle était capable…
Ce qui, au bout de trois semaines, donna naissance à un superbe poussin, robuste, vif et curieux que Poulaillhou baptisa Socrate. Ce dernier était si intelligent qu’il n’en avait jamais l’air! Il posait sans cesse des questions qui semblaient stupides mais qui faisaient toujours réfléchir celui ou celle qui en était la cible. Surtout quand on ne le voulait pas. C’est pourquoi Narcisse, le coq, fuyait Socrate comme la peste!
C’est ainsi que Maboule prit l’habitude de couver avec beaucoup d’amour les oeufs de ses copines.
Avec le temps, elle ne se contenta pas de les couver: elle décida de les éduquer un peu, par ci par là, sans en avoir l’air. Les mères-poules n’étaient pas contre, elles avaient ainsi plus de temps pour leurs bains de terre quotidiens. Quant à Maboule, elle était trop heureuse de pouvoir être utile et d’oublier un peu sa tristesse de ne pas avoir trouvé sa particularité bien à elle…
Mais ce chagrin n’était jamais bien loin et, à peine les poussins avaient-ils quitté la classe qu’elle leur faisait tous les jours, que Maboule pensait à cette particularité qu’elle ne s’était toujours pas trouvée, depuis tout ce temps.
Un jour, après une leçon sur l’art d’attraper un insecte volant sans risque, Socrate, qui était de loin le meilleur élève de Maboule, vint la trouver. Il semblait intrigué:
« Dis, Maboule, pourquoi es-tu toujours un peu triste?
Maboule, surprise d’avoir été percée à jour, réfléchit un moment avant de répondre:
– Parce que j’ai passé une partie de ma vie à chercher quelque chose que je n’ai jamais trouvé…
Socrate la scruta naïvement avant d’insister :
– Oh ! Vraiment ! Quelle tristesse… Et quelle est cette chose ?
Maboule, en soupirant, lui répondit :
– Ma singularité. Celle qui aurait fait de moi une poule différente des autres…
Socrate sembla satisfait par sa réponse et approuva. Soudain, comme happé par autre chose, il demanda:
– Est-ce Punky ou peut-être Poupoule qui donneront la classe, la saison prochaine?
Maboule sembla surprise:
– Non. Je ne crois pas. Je crois que c’est moi seulement qui donne la classe. Cela t’ennuie?
– Oh non! Je suis bien content de faire classe avec toi! »
Et il était déjà dehors, parti rejoindre ses camarades près d’une mare en laissant tout un tas de plumes jaunes derrière lui.
Et alors que Maboule ruminait – elle cherchait encore cette singularité qui lui faisait mal par son absence – la conversation qu’elle venait d’avoir avec le jeune poussin résonnaient en elle.
Et soudain, elle comprit ! Elle réalisa qu’elle était effectivement la seule poule suffisamment disponible pour éduquer les poussins des autres, trop occupées à gratter la terre et à prendre le soleil. Elle réalisa que, mieux qu’une mère-poule, elle avait pris soin de plusieurs générations de poussins à qui elle avait prodigué soins, attention et enseignements variés. Comme une grand-mère, sage et avisée, elle avait trouvé un rôle à jouer à Poulaillhou : et pas n’importe lequel ! Mais oui ! Elle était singulière, elle était Mémé Maboule !
Ce jour-là, Mémé Maboule ne ressassa pas. Ce jour-là, elle sortit fièrement après le dernier cours afin de profiter des derniers rayons de soleil avec les autres. Ce jour-là, elle gratta la terre fièrement car elle aussi était spéciale : elle était Mémé Maboule, la vieille poule qui avait perdu la boule dans le temps et qui, lorsqu’elle l’avait un peu retrouvée, l’avait naturellement utilisée pour prendre soin de tous les poussins.

Madeline reposa le crayon, satisfaite d’avoir pu parler de Maboule.
Elle ne savait pas si l’histoire de Maboule constituait une Valeur authentique. Maboule avait ruminé son mal-être très longtemps avant de découvrir sa singularité et de pouvoir transformer sa peine en amour. Et si l’Amour n’était pas une Valeur, alors Madeline voulait bien jeter ce maudit cahier au feu, elle aussi!
Madeline, tout en menaçant intérieurement le cahier des flammes de l’enfer, scrutait le point final sur la page du cahier.
Elle ferma ses paupières ridées quelques secondes, inspira profondément comme le lui avait enseigné Blondin Martinez et lorsqu’elle rouvrit enfin les yeux, le coeur palpitant d’appréhension, elle constata, heureuse, que l’histoire de Maboule n’avait pas été effacée et que deux points étaient à nouveau venus s’ajouter au point final!
Encore une autre histoire! Le cahier voulait encore une autre histoire! Et Pouilhou regorgeait d’histoires.
Madeline se réjouissait de pouvoir les faire vivre dans un cahier de Transmission authentique. Les enfants du monde entier avaient besoin d’entendre les murmures des Valeurs pour apprendre à écouter la Brise à nouveau, pour se souvenir de son existence. Sans cela, elle disparaîtrait à tout jamais et alors tous sombreraient avec elle…
C’était un monde bien sombre et désolée, en vérité.
Et Madeline, malgré les flammes de la cheminée qui rayonnaient sur son visage, en trembla d’effroi.
Elle songeait à cette bête qui rôdait et dont le souffle putride détruisait tout.
Un dragon si puissant qu’elle n’osait pas prononcer son nom. Ragnarök se chuchota-elle pour surmonter sa peur. Car, elle le savait, seule la Connaissance pouvait vaincre un démon: il suffisait de le nommer pour l’éloigner. Mais la plupart des gens étaient trop en mauvaise santé pour atteindre cette connaissance. Personne ne parvenait plus à dire son nom, alors Ragnarök poursuivait sa lente descente des cieux et son souffle putride s’installait partout. Bientôt, il ne resterait plus rien…
Madeline, absorbée par ses pensée n’entendit pas revenir son vieux mari qui pestait toujours:
« Cette fichue loupe n’est nulle part!
Oui, c’était évident, il n’avait pas trouvé la loupe…
C’est que Matinus, qui avait appris à repousser Ragnarök il y a fort longtemps, en avait gardé un caractère bien trempé et une grande rigueur: il rangeait toujours très soigneusement ses outils et ils ne pouvaient pas disparaître comme ça! C’était impossible! Bien sûr, il reconnaissait qu’il vieillissait, peut-être l’avait-il égarée, après tout?
L’impatience laissa place au doute et il se renfrogna:
– Tout de même, j’étais pourtant certain de l’avoir rangée dans mon cabanon à outil. Dans l’étagère en haut à gauche, au dessus du moulin à grain, entre les semences de pomme de terre de l’année prochaine et une caisse de vis, il y a un petit carton dans lequel je l’avais rangée. Il y avait même mon vieux couteau en bois, avec.

Contes écolos #5 ter

 

À suivre…

Contes écolos pour petits et grands #4

Gaston, le hérisson…

Contes écolos #4

Il était une fois, dans un petit hameau de montagne isolé du reste du monde du nom de Pouilhou, un hérisson que tout le monde connaissait.
Gaston était un hérisson qui avait acquis sa renommée grâce à un long voyage qu’il avait effectué, bien des années plus tôt.
Car Gaston n’avait pas toujours vécu à Pouilhou et il avait parcouru de nombreux kilomètres avant de pouvoir y vivre, heureux.
Ce qui faisait de lui un aventurier…

En effet, Gaston était né près de la cité de Foix, dans une petite bourgade située à quelques kilomètres à peine de la ville où, désormais, le souffle putride avait presque tout englouti…
Bien sûr, Gaston et sa famille, au début, s’étaient installés là, dans un grand jardin plein de bosquets de fleurs et de rosiers, parce que la Brise y soufflait à chaque printemps. Il y avait même un petit potager avec quelques salades où Gaston pouvait se régaler d’insectes dont il était friand. Les gens qui vivaient là aussi, dans une charmante maison plantée au milieu du jardin, avait accepté la présence de Gaston et de sa famille sans difficultés. Ainsi, ils avaient débuté une vie paisible à la campagne. Mais ce bonheur n’avait pas duré…
La Brise s’était faite de plus en plus rare et les salades ne poussaient plus si bien. Les temps devenaient difficiles. Mais Gaston, d’un naturel optimiste, et qui était pourvu d’une qualité inestimable – il était non-violent – décida de mobiliser les siens pour préserver leur foyer. Il fallait faire quelque chose pour la Brise, au printemps.
Bien sûr, comme tout le monde, Gaston avait entendu parler du souffle d’un dragon mais nul ne l’avait jamais vu et Gaston ne se sentait pas de taille à affronter un dragon…
C’était à cause de la pollution des voitures que la Brise avait des difficultés à se frayer un chemin, Gaston en était persuadé. C’est ainsi qu’il parvint à convaincre les siens de se lancer dans une lutte acharnée et non-violente: chaque fois qu’une voiture menacerait de polluer leur foyer, ils se dresseraient devant elle et la dissuaderaient de rouler et de salir tout partout! Ils avaient une arme redoutable: leur dos était rempli d’épines. Des épines pointues et dressées, capables de dissuader n’importe quel ennemi! C’était une chose connue de tous, la victoire était assurée…
Armés de leur courage et de leurs épines sur le dos, c’est ainsi que Gaston et les siens partirent fièrement vers l’ennemi, sûrs que leur non-violence viendrait à bout de n’importe quel assaillant, même très en colère, même très fort…
Mais les voitures, ne sont pas en colère. Elle ne sont pas tristes non plus, ou joyeuses, elles ne sont que des machines. Et les machines ne sont pas très impressionnées par les épines d’un hérisson… Quant aux conducteurs des automobiles, malheureusement, ils n’étaient pas plus impressionnés. C’est à peine s’ils les voyaient: ils étaient trop malades pour regarder au-delà des feux de signalisation et panneaux publicitaires et trop occupés à faire semblant de chercher un remède à la lente disparition de la Brise, pour ceux qui s’en souvenaient encore.
Mais Gaston ignorait que les machines ne craignent pas les épines et que les conducteurs étaient bien trop malades pour voir quoi que ce soit. Et ce fut un massacre tragique. Gaston perdit tous les siens.
Pire peut-être, il perdit Foi en sa qualité de non-violent…
Un matin triste de printemps sans Brise, alors que Gaston se recueillait dans le petit jardin où il avait enterré tous ses proches quelques semaines plus tôt, George, un rouge-gorge réputé pour sa grande sagesse, observait tristement ce jeune orphelin.
Touché par ses malheurs, il quitta la branche de Sorbier sur lequel il était perché pour se rapprocher et se posa finalement sur un rosier. Gaston, d’abord surpris et effrayé par le bruit, se mit en boule, épines dressées, prêt à parer une attaque éventuelle…
George tenta de le rassurer immédiatement:
« Inutile de dégainer tes épines, Gaston, je ne suis qu’un rouge-gorge inoffensif et je ne te veux aucun mal. Je m’appelle George.
A ces mots plutôt engageants, Gaston osa un coup d’œil et constata qu’effectivement, il s’agissait seulement d’un oiseau. Il n’avait normalement rien à craindre. Il se déplia et demanda, toujours un peu méfiant:
– Et que me veux-tu, George? D’ailleurs, comment sais-tu mon nom?
– Tout le monde connaît ton nom, à des kilomètres à la ronde, voyons! Gaston, tu as acquis une certaine renommée grâce à ta qualité de non-violent, tu ne le sais pas?
Gaston haussa les épaules tristement et soupira:
– Quelle importance, désormais? Ma Non-Violence n’a servi à rien et mon Ignorance a tué tous mes proches. Les machines n’ont que faire de mes épines, comme elles ont ignoré celles des miens…
Tout en parlant, Gaston regardait les tombes qu’il avait creusées lui-même partout dans le si joli jardin qui les avaient accueillis, jadis. George, chagriné par la peine de son jeune ami, insista:
– Oh! Je sais bien, Gaston, tu as subi de terribles pertes… Mais tu ne dois pas oublier ta qualité de non-violent, elle est précieuse. Tu dois la transmettre avant qu’elle ne soit oubliée, elle aussi. Engloutie par le souffle…
Gaston s’anima soudain:
– La transmettre? Mais à qui? Personne n’en veut, de ma qualité de non-violent. Les voitures ne causent pas et les gens qui les conduisent ne me voient même plus tant ils souffrent d’un mal étrange… »
George comprenait. C’est que, lui aussi avait été chassé de son foyer: là où il était né, la Brise ne venait déjà plus, au printemps, depuis longtemps. Les arbres avaient cessé de faire des fruits pour finalement mourir. L’air était devenu suffocant et il n’y avait plus rien pour se nourrir ou pour nicher. Mais George, lui aussi, possédait deux qualités qui l’avaient tiré d’affaire : il volait aussi loin qu’il le souhaitait et il pouvait aussi chanter, pour oublier que le monde allait être englouti par un souffle lourd et chaud où rien ne pouvait survivre… D’ailleurs, une légende prétendait que l’arrière-arrière-arrière grand père de George, par la perfection de son chant, avait rendu fou un compositeur qui chercha à l’imiter toute sa vie, en vain. Mais plusieurs décennies après, c’était le désespoir qui rendait la mélodie de George si puissante.
Et alors qu’il observait Gaston, il songea en lui-même que ce dernier avait tristement raison: la qualité de non-violent du jeune hérisson ne pouvait pas lutter contre tous ces engins à moteur qui vrombissaient sans cesse, augmentant l’épaisseur du souffle qui s’en nourrissait avidement: fumées de pots d’échappement, vapeurs d’huile ou d’essence : tout lui allait tant son appétit grandissait à vue d’œil… C’était terrifiant et George en frissonna d’effroi. Comme c’était un vieux rouge-gorge sage et qu’il prenait toujours le temps de réfléchir avant de parler, il s’absorba de longues minutes dans ses réflexions.
Soudain, il s’anima à nouveau:
– Gaston, j’ai une idée!
Le jeune hérisson, attentif, attendit que l’oiseau s’explique, ce qu’il fit presque en chantant:
– Tu es non-violent, c’est là ta grande Valeur et tu dois la faire connaître, c’est ton destin. Et puisque les gens d’ici qui conduisent les automobiles n’entendent rien, tu dois partir!
Gaston tressauta:
– Partir? Mais pour aller où? Je ne connais que cette maison et son jardin, j’y suis né…
– Je connais un endroit! Un endroit parfait où la Brise souffle à chaque printemps… Un endroit si joli et qui saura t’accueillir comme il se doit, je m’en porte garant. C’est un charmant petit hameau de montagne, isolé du reste du monde, du nom de Pouilhou…
Gaston, ahuri, n’en croyait pas ses épines! Il demanda:
– Vraiment? Est-ce loin?
George, emporté par l’enthousiasme, s’exprimait désormais en gazouillant:
– A vol d’oiseau? Quelques minutes seulement!
Gaston, à ces mots, s’assombrit à nouveau:
– Je ne suis pas un oiseau, George. Je ne peux pas voler et rejoindre ce bel endroit en si peu de temps. C’est un voyage qui n’est pas fait pour moi, on dirait. C’est bien dommage…
Alors que le jeune hérisson, plus triste que jamais, s’apprêtait à s’en aller, George le retint:
– Pas si vite, Gaston! Tu ne peux pas voler, c’est vrai, mais ce voyage reste à ta portée. Il y a bien une route, qui dessert l’endroit dont je te parle, mais elle est exclue, à cause des voitures. Il existe toutefois une autre possibilité: si tu suis, par la terre, le chemin que j’emprunte par le ciel, alors tu pourras t’y rendre sans craindre de croiser un seul automobiliste!
Gaston, à nouveau, fut gagné par l’enthousiasme de George:
– Vraiment? Et tu me montrerais le chemin?
George, gazouillant plus fort encore, lâcha avant de s’envoler:
– Inutile! Tu croiseras des tas de gens qui te guideront, dis leur que c’est George qui t’envoie! »
Gaston voulait demander à son ami si ce voyage comportait d’autres dangers mais il n’en eut pas le temps.
C’est ainsi que le lendemain, à la première heure et alors que le soleil pointait à peine à l’est de la montagne, Gaston se mit en route pour Pouilhou, son balluchon et ses épines sur le dos.
George lui avait indiqué la direction à suivre, il prétendait que sa qualité de non-violent ferait le reste ce dont Gaston doutait très fort, depuis la tragique bataille qui avait emporté tous les siens…
Alors qu’il progressait lentement à travers un champ de pâturages où paissaient une trentaine de chèvres, Gaston fit sa première rencontre inattendue:

Contes écolos #3 bis

« Salut! Je suis Arnaud, je suis un chevreau. Et toi, t’es qui?
Gaston, surpris et effrayé, se mit en boule sans répondre. Arnaud, qui était un chevreau très curieux, avança son nez pour renifler l’étrange créature qui ne bougeait plus et ne lui avait même pas répondu. Au contact de ses épines, il recula:
– Aie! Mais tu piques! Pourquoi me piques-tu ainsi? Je voulais seulement faire connaissance!
Le chevreau semblait vexé, c’est qu’il ne passait pas grand monde au milieu de son champ de pâturages.
Gaston, désormais rassuré et bien embarrassé aussi, se déplia lentement avant de répondre:
– Je te demande pardon, je ne voulais pas te faire de mal. C’est que, jusqu’à présent, je n’ai croisé personne sur ma route, tu es le premier. Je n’ai pas l’habitude…
Et comme le chevreau ne répondait pas, il ajouta:
– Mes épines sont bien inoffensives, en réalité, tu sais. Elles me servent surtout à me défendre, jamais pour attaquer le premier. Et comme je n’ai jamais rencontré de chevreau avant toi, je me suis un peu méfié, au début. Je suis un hérisson, je m’appelle Gaston et je suis non-violent!
Arnaud, qui n’était pas très rancunier, toisa une dernière fois le jeune hérisson avant de dire:
– ça va pour cette fois, Gaston. C’est vrai, tu n’as pas l’air très violent… Ce que c’est pratique, pour te défendre, tes épines!
Gaston fut touché:
– Vraiment? Tu trouves?
– Ah ça oui! Pour sûr! Tu n’as pas à craindre qui que ce soit. Moi, je dois vivre derrière cet enclos pour être à l’abri de Gaspard et sa famille. Parfois, ça me rend triste et je voudrais bien partir en voyage, avec un balluchon sur le dos, comme toi Gaston! Mais je n’ai pas d’épines non-violentes, je ne peux pas.
Gaston, très ému par le fait que quelqu’un donne de l’importance à sa qualité de non-violent n’osa pas détromper son nouvel ami et lui parler des voitures qui ne craignent pas les épines et des automobilistes malades. Au lieu de quoi, il prit gentiment congé, car il avait un long voyage à effectuer encore:
– Je dois y aller, ma route est encore longue. J’espère être sur le bon chemin… George m’a dit de longer la rivière et qu’elle me conduirait directement à Pouilhou…
– George? C’est George qui t’envoie? Fallait le dire! George est un ami! Il possède un chant légendaire, le sais-tu? Il y a fort longtemps, un homme en perdit la raison à force d’essayer de l’imiter, en vain. Il chante pour nous chaque année, au printemps, avant de parcourir d’autres horizons qui me sont étrangers…
A nouveau, Arnaud sembla triste mais bien vite, il se ressaisit car son nouvel ami Gaston avait besoin d’aide:
– Tu es sur le bon chemin, Gaston! La rivière est tout près, continue par là! »
Le jeune chevreau avait indiqué une direction à Gaston qui se remit en route, son balluchon et ses épines sur le dos.
Il marchait depuis maintenant plusieurs heures, il était fatigué et se sentait un peu perdu si loin de son jardin où il avait grandi.
Soudain, un bruit venu de derrière alerta Gaston qui se roula immédiatement en boule, juste au moment où une mâchoire se refermait… sur ses épines!
« Aïe! Mais ça pique! »
Blondin Martinez Junior troisième du nom, un chien de berger qui s’était converti en infirmier psychiatrique puis en inspecteur de police, et qui enquêtait sur la disparition d’une poule, recula de quelques pattes. Les épines de cet individu étrange dont il ignorait l’identité avait légèrement meurtri ses gencives. Bien sûr, il ne voulait aucun mal à l’individu en question. Il voulait seulement jouer un peu, pour se distraire de son enquête épineuse qui piétinait. Mais Blondin jouait à des jeux de dents et il avait effrayé Gaston. En matière d’épines, il venait d’être servi! L’inspecteur chien gémissait:
« Bon dieu, ça pique! J’ai mal!
Gaston, toujours en boule, eut soudain des remords:
– Je suis désolé! Je ne voulais blesser personne. C’est que, je m’appelle Gaston et je suis un hérisson non-violent mais tes mâchoires sont bien grandes et j’ai eu si peur…
Réalisant la chose, se fut au tour de l’inspecteur Blondin de présenter ses excuses:
– Oui, c’est vrai, mes jeux de dents ne plaisent pas à tout le monde, j’ai tendance à l’oublier. Je suis désolé moi aussi. Nous sommes quittes! Je suis l’inspecteur Blondin Martinez Junior troisième du nom et j’enquête sur la disparition d’une poule. Je voulais juste me détendre un peu, mon enquête est au point mort…
Gaston, tout à fait rassuré maintenant, se déplia entièrement et demanda:
– Je vais à Pouilhou où George prétend que ma qualité de non-violent sera appréciée. Moi, je ne sais pas trop…
– Ce bon vieux George! Tu as devant toi l’inspecteur chef de Pouilhou, petit! Et George a raison: nous apprécions les qualités comme la tienne, chez nous autres! Tu es sur le bon chemin, continue par là, moi je ne peux pas t’escorter: je dois poursuivre mon enquête. »
C’est ainsi que Gaston se remit en route, plus confiant que jamais. D’abord son ami le chevreau et maintenant l’inspecteur chef en personne de Pouilhou: ils appréciaient sa qualité, George avait eu raison!
Le soir tombait lentement et Gaston était si fatigué. D’après les indications de l’inspecteur Blondin, il devrait atteindre le hameau avant la nuit noire et ses dangers.
Soudain, à quelques mètres de lui, Gaston entendit qu’on se disputait. Il s’approcha lentement et lorsqu’il fut assez près pour entendre ce qu’il se disait, il se roula en boule.

Contes écolos # 4 Quatro

Gaspard le renard et son oncle Léonard se disputaient quelque chose. Gaston osa jeter un œil entre ses épines et constata qu’il s’agissait d’une poule! Probablement celle qui faisait l’objet de l’enquête de l’inspecteur Blondin Martinez Junior troisième du nom! ça alors! Quelle coïncidence! Les deux renards se disputaient toujours: pour savoir qui avait le droit de manger les meilleurs morceaux de la malheureuse. Maboule, une poule rousse qui n’avait pas toute sa tête, attendait tristement que les deux renards décident de son sort fatal…
Gaston eut alors une idée et se lança, sans trop réfléchir:
« Bonjour! Je m’appelle Gaston et je suis un hérisson non-violent. Je vais à Pouilhou et je vous demande de relâcher cette poule et de la laisser partir avec moi…
Les deux compères, d’abord surpris, furent ensuite secoués par de grands éclats de rire sonores! C’est Léonard qui parla le premier:
– Oh! Vraiment? Tu vas à Pouilhou et tu veux que nous te laissions t’y rendre avec NOTRE poule? Et comment comptes-tu t’y prendre, petite créature fragile et sans défense, par la force peut-être?
Et les deux renards s’esclaffèrent plus fort encore.
Gaston, toujours en boule, ne se laissa pas intimider:
– Je n’use jamais de la force, je viens de vous le dire. Je vous demande de relâcher cette poule et de nous laisser partir, sans quoi j’en avertirai l’inspecteur Blondin Martinez! Parfaitement!
Les deux renards, qui avaient sursauté en entendant le nom de l’inspecteur chien, s’observèrent.
C’est alors que, soudainement, Gaspard se jeta sur Gaston: toutes dents dehors…
« Aïe! Mais ça pique! »
Léonard observa les gencives en sang de son compère et grimaça. Ils ne se risqueraient plus à tenter une attaque. Ce hérisson non-violent avait là des épines bien efficaces, il fallait le reconnaître. Et comme ils ne voulaient pas non plus se retrouver avec l’inspecteur chien sur le dos, ils capitulèrent…
C’est ainsi que Gaston put se remettre en route pour Pouilhou, suivi par Maboule la poule, sauve et reconnaissante de pouvoir rentrer chez elle.
L’évènement n’avait pas échappé à Sophie, une pie à la langue bien pendue, qui les devança de quelques battements d’ailes et qui s’en alla répandre la bonne nouvelle partout: Maboule, la poule, avait été retrouvée et sauvée des renards par un jeune hérisson non-violent qui cherchait un endroit où vivre pour échapper au souffle.
Lorsque Gaston et Maboule arrivèrent enfin et alors que la nuit tombait, ils furent accueillis par des cris de joie et des applaudissements:
« Vive Gaston, le hérisson non-violent, qui a sauvé Maboule! »
Depuis lors, Gaston vit heureux à Pouilhou où sa non-violence est respectée par tous, surtout l’inspecteur Blondin Martinez pour lequel elle se trouve être très utile: lors de ses enquêtes… épineuses!

Matinus reposa son crayon et déposa le cahier ouvert devant lui sur la table.
Madeline, qui s’était levée pour préparer un pain d’épices, se rapprocha de son vieux mari :
– Tu as terminé ?
Matinus fit claquer sa langue sur son palais :
– Ma foi, oui ! Il n’y a plus qu’à attendre le verdict de ce cahier…
D’ailleurs, c’était ce qu’ils faisaient: l’histoire de Gaston était finie et ils scrutaient désormais tous les deux le point final de cette histoire.
Au bout de quelques minutes et alors que le cahier n’avait pas effacé l’histoire de Gaston le hérisson, il se produisit la même chose étrange que pour l’histoire d’Ignace…
Et Madeline, dont les yeux souriaient, ne parut pas surprise lorsque le cahier ajouta à nouveau deux points au point final de Matinus ! Ce dernier, lorsqu’il s’en aperçut lui aussi, s’écria :
– Eh bien ! On dirait que ce cahier en veut encore, de nos histoires, ma vieille Madeline !
– On dirait bien, oui…
– Tout de même, c’est curieux. La notice stipule bien qu’il faut transmettre une Valeur – et une seule ! – à son enfant…
Madeline lisait à nouveau la notice. Elle opinait du chef :
– Oui, c’est écrit là: un cahier de Transmission possède une volonté propre et un esprit clairvoyant. Le parent doit s’en remettre à sa décision, il ne sert à rien de réécrire la même fausse valeur de différentes façons ou, pire encore, avec un stylo indélébile… Si la Valeur proposée n’est pas authentique, elle sera systématiquement effacée. Dans le cas contraire, elle pourra être transmise par le parent à son enfant.
– Regarde s’il y a une clause pour les cas particuliers.
Madeline se pencha plus près sur le cahier pour voir si quelque chose pouvait s’y trouver : peut-être était-ce écrit en caractères plus petits? Peut-être cela les éclairerait-il sur la volonté de ce cahier bien mystérieux?…
Soudain, Madeline sursauta:
– Mais oui! Il y a bien quelque chose! Quelque chose qui vient de s’ajouter sous mes yeux, là, à l’instant!
Matinus s’anima:
– Eh bien! qu’est-ce que ça raconte?
Sa vieille épouse, tout en s’approchant plus près encore de la page du cahier, soupira:
– C’est écrit si petit que je ne peux pas lire!
Matinus, comme souvent et avec beaucoup d’affection, se moqua:
– Mets donc tes lunettes, vieille étourdie!
Et Madeline rétorqua:
– J’ai déjà mes lunettes, vieil imbécile!
Effectivement, les lunettes usées de Madeline se trouvaient bien sur son nez.
– Et tu n’y vois pas assez bien?!
– C’est écrit tout petit, je te dis!
Matinus s’approcha de sa femme et constata qu’en effet, tout au bas de la notice, une inscription avait été ajoutée, mais qu’elle était écrite en si petits caractères que les deux vieillards ne pouvaient pas la lire. Il maugréa quelque chose à l’encontre de ce satané cahier qui lui donnait bien du tracas, avant de bondir de sa chaise:
– La loupe! Je vais chercher la loupe!
Madeline approuvait silencieusement. Elle ajouta :
– Fais donc, cherche cette loupe. Pendant ce temps, je vais raconter une nouvelle histoire…
– Une nouvelle histoire, mais laquelle ?
Madeline, en souriant, lâcha :
– Celle de Maboule, pardi !
Et Matinus comprit de quoi il s’agissait.
– Tu as raison ! De toute façon, si le cahier a rajouté ses maudits points de suspension c’est qu’il en veut encore, de nos histoires ! Raconte donc celle de Maboule, je vais chercher la loupe ! Tout de même, il faut que l’on sache ce que ce cahier attend de nous !

Contes écolos #4 cink