Ignocratie #3

Moutons

Mais Hermyane Denleze ne manquait ni d’imagination, ni de courage et elle comptait bien enquêter d’arrache-pied.
Bien sûr, autour d’elle, c’était toujours la même rengaine: mais que fais-tu de ta vie, ma pauvre Hermyane? Tu pourrais être si jolie, si tu t’en donnais un peu la peine…
Pourquoi faut-il toujours que tu te gâches? Et ce travail, mais qu’est-ce que c’est donc que ce travail, pour une femme? En plus, tu ne gagnes même pas bien ta vie… Ta pauvre mère est encore obligée de t’apporter un soutien financier, tu n’as pas honte?
Et qu’elle ne trouverait jamais aucun homme pour l’épouser, avec une tête pareille; et qu’elle ne pourrait jamais monter en grade dans son travail, avec un si mauvais caractère.
Bien sûr, personne ne songeait une seule seconde que c’était précisément parce qu’elle avait un caractère bien trempé – qu’elle tenait d’ailleurs de sa mère – que le travail d’Hermyane était tant apprécié au sein de son commissariat et que c’était aussi parce qu’elle était plutôt jolie, si on se donnait la peine de regarder vraiment, et trop peu intéressée par les nombreuses sollicitations de ses supérieurs et moins supérieurs, qu’elle ne montait jamais en grade…
Mais nous l’avons déjà dit: tout était si embrouillé en Ignocratie qu’Hermyane ne pouvait compter que sur elle-même dans cette enquête, comme sur le plan privé.
Et, naturellement, sur sa mère et sa très nombreuse famille qui lui offraient toujours un soutien, même s’ils ne la comprenaient pas. C’est Qu’Hermyane ne savait pas toujours expliquer ses conduites étranges: elle marchait à l’intuition…
Et cela lui réussissait plutôt bien, au moins dans son travail. Quant à sa mère et sa famille; elle pouvait compter sur leur amour inconditionnel malgré les différends qui les opposaient parfois. Et c’était bien là l’essentiel, pour elle. Les langues venimeuses pouvaient toujours se régaler de ses péripéties: elle n’en avait que faire. Elle avait une enquête capitale à résoudre et la chance d’avoir un toit sur sa tête. Sa mère et son mari- qui, évidemment, n’était pas son père: il faut suivre et se référer en l’embrouillement général qui règne en Ignocratie; aussi peu fortunés qu’ils l’étaient, malgré le travail acharné qu’ils avaient fourni toute leur vie, lui avait laissé les clés d’une magnifique caravane de 15m2 et c’était déjà énorme compte-tenu du nombre incalculable de pauvres hères qui ne pouvaient pas en dire autant.
Et avec son travail, Hermyane ne l’ignorait pas. Elle avait chaud l’hiver, elle avait un endroit à elle pour travailler à son enquête et on lui servait une bonne soupe bien chaude, au moins tous les jours. En Ignocratie, souvenez-vous en, la misère avait frappé à la porte de tant de foyers qu’Hermyane connaissait sa chance et redoublait donc d’énergie dans son travail. Ce qu’on ne cessait de lui reprocher: rappelez-vous cette histoire de gâchis, de beauté et de mari…

 

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