Ignocratie #26

Moutons

 

Hermyane était heureuse: sa collègue l’Aide-Sociale-Sociologique-Sanitaire-SurHumaine qui s’appelait joliment Vourliotte Rimanèle Machèr, lui avait trouvé un endroit paisible, arboré de Peupliers et de Mûriers – qui se faisaient si rares en Ignocratie comme ailleurs – et où des chats errants de toutes les couleurs passaient régulièrement. Hermyane aimait tant les chats: par leur totale maîtrise d’eux-mêmes, ils l’apaisaient et l’aidaient ainsi à se concentrer sur son travail. Et si, par chance, l’un d’eux acceptait – car les chats ne se laissent jamais rien imposer; ils décident, c’est un fait connu de tous – de se laisser caresser et de venir ronronner sur ses genoux, alors Hermyane était aux Anges. Longtemps, les chiens lui avaient inspiré davantage de crainte: car les chiens, eux, ne décident de rien; ils sont si fidèles et si loyaux que leurs maîtres font la pluie et le beau temps sur leurs comportements. Et Hermyane se méfiait des maîtres des chiens: en Ignocratie, tous souffraient tant et de tant de fléaux – misères économiques et sociales, diminution drastique des ressources telles que la Nourriture et l’Eau Potable, violences diverses et avariées; qu’il n’était pas rare que ce soient les chiens qui prennent les coups que les maîtres auraient voulu distribuer aux responsables de leur détresse. Seulement voilà, ils se trompaient bien évidemment de coupables mais ça, les chiens ne pouvaient pas le savoir et, à leur tour, ils pouvaient essayer de se venger des coups reçus injustement: sur le premier enfant venu, ou encore sur les chats ou sur un enquêteur quelconque. Donc, Hermyane, même si elle les aimait beaucoup, se méfiait toujours des chiens: à cause des maîtres.

Pour l’heure, Hermyane venait de voir passer un beau chat tigré et roux et cela lui avait donné du courage: malgré la douleur à son pouce gauche, elle se remit ardemment au boulot. Il fallait qu’elle découvre depuis quand la Rancifos louait un hangar. Il fallait qu’elle sache comment cette Marquise, brûlée de soleil et de paresse, avait pu prendre contact avec les bailleurs, pas toujours nets, des quais de Pignerpan qui ne louaient pas toujours leurs locaux de manière légale: on y trouvait de tout. Trafics divers et avariés que les Marquises n’avaient pas les tripes d’affronter. Il fallait alors qu’elle soit passée par quelqu’un de plus qualifié pour obtenir officieusement ce hangar. Probablement un Homme. Peut-être Sinodul lui-même… Hermyane allait devoir explorer cette piste. Les quais et la logistique administrative des locations des hangars étaient le rayon de Mika et Molie; peut-être devrait-elle leur demander un coup de main? Mais elle hésitait: la dernière fois qu’elle l’avait fait avait créé tant de problèmes: Mika en avait fait une crise d’amnésie terrible, Molie en avait perdu deux nuits de sommeil et même la famille de Mika s’était inquiétée pour ces deux-là. Et Hermyane n’aimait pas créer de l’Angoisse et abîmer les Êtres, déjà si fragiles en Ignocratie. Par contre, elle n’avait que faire de l’Ego de ceux qui n’avaient pas encore pris conscience de l’urgence de la situation: alors elle traquerait la Rancifos jusqu’à ce que Mort s’ensuive, si nécessaire.

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s