Ignocratie #32

Moutons

Carabab ne s’était pas permis une intrusion dans le doux rêve d’Hermyane, cette nuit. Même si elle en était légèrement déçue, elle était heureuse d’avoir reçu la visite de son Beau-Frère, L’Invictoreys Es Reveref, qui lui portait un message de la plus haute importance : les siens – sa Famille, si chère à son cœur émietté – étaient tous en Bonne Santé. Ce qui était pour Hermyane l’Essentiel… ça et, bien évidemment, la résolution de son enquête sur la Dérobade de la Rouma. Mais elle ne pouvait pas travailler comme elle le souhaitait. Pour l’heure, elle ne pouvait que gamberger, comme un poisson rouge tournerait en rond dans son bocal trop petit. Ce soir, elle ne dormirait pas au Dartim. D’abord, parce qu’il n’y avait plus de place pour elle là-bas. Ensuite, parce que le surveillant mal embouché avait retrouvé sa joie de vivre et n’y tenait pas plus que ça. D’ailleurs, la surveillante aux grosses fesses semblait également avoir Hermyane à la bonne, ce matin : elle lui avait gentiment souri en lui offrant un Kawa. C’est qu’elle avait perdu presque sept kilos depuis la veille : en Ignocratie, le poids de chacun est très variable, selon que l’on mange ou que l’on non-mange : l’embrouillement général, tout ça, tout ça.

Hermyane avait trouvé que c’était une matinée qui commençait plutôt bien, du coup. A ceci près, qu’elle ne savait pas où elle dormirait ce soir. Le Dartim semblait complet et elle n’avait commis aucune indiscipline depuis son réveil. Quant à la résidence de la Brise Du Héron Halos : eh bien, cela dépendrait des places disponibles, car vous n’ignorez pas qu’il y a plus de pauvres hères malmenés et sans-abris en Ignocratie et ailleurs que de places à l’abri du froid et des balles pour les accueillir. Pourtant, Hermyane, et elle était loin d’être la seule, avait pu constater de nombreuses fois que les logements vides et laissés à l’abandon ne manquaient pas.

Alors, à qui servaient-ils et pourquoi ? C’était là une question qui taraudait beaucoup d’enquêteurs au commissariat de Pignerpan, et même ailleurs, mais ils avaient tant d’enquêtes, toutes plus sordides les unes que les autres, à résoudre, que cette question était laissée de côté depuis fort longtemps.

Une autre jolie nouvelle avait embelli le ciel d’Hermyane, pourtant à la pluie ce matin de novembre : son amie Vénus-Saïcha Anora venait enfin de trouver un Prince, un vrai : un qui savait la voir telle qu’elle était vraiment et qui se sentait presque capable d’avoir le courage de l’aimer pour ça. Il portait le nom de l’Ardent Vradu Dovie ; et, à ce qu’Hermyane avait pu en juger : il ne manquait ni d’ardeur, ni de force vitale. Car, évidemment, comme tous les résidents de la Brise Du Héron Halos : il avait eu à affronter bien des tempêtes, bien des bourrasques, mais il n’était pas mort. C’est que la Vie s’accrochait férocement aux âmes profondes et belles. C’est en tout cas de cette façon qu’Hermyane voyait les choses et même si elle acceptait bien volontiers que l’on ne soit pas d’accord avec elle : elle ne démordait jamais de ses convictions viscérales ; l’expérience et ses problèmes avec l’autorité, tout ça tout ça…

 

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