IGNOCRATIE #39

Moutons

 

 

Elle décida donc de faire ce qu’elle faisait le mieux : chercher discrètement toutes les informations possibles et imaginables sur la Rancifos, ses marmots, Aube Doursier et tout le tintouin. Car, même persuadée du faux pas imminent de Simone Rancifos, Hermyane n’était pas dupe : elle avait beaucoup d’argent, il faudrait donc beaucoup de preuves au Ruproceur chargé de définir s’il y aurait une suite à cette enquête, ou non. Et les pots de vin, de rhum, de vodka et de gnôles diverses et avariées, ne manquaient pas en Cranfe, en Ignocratie ou ailleurs. Mais Hermyane avait confiance en son commissariat et le Ruproceur rattaché à ce dernier, assurément, n’était pas de ceux que l’on soudoie aussi facilement que les autres. Surtout avec une gnôle imbuvable ou des billets fort peu digestes… Et la Rancifos ne possédait que ces derniers et ne savait très certainement pas faire la première. D’ailleurs, que savait-elle faire, finalement, cette bonne femme? A part parler de ce qu’elle avait fait il y a très longtemps – à savoir, ne pas élever ses enfants avec bienveillance et ne pas se briser l’échine au travail – et de ce qu’elle ne faisait pas aujourd’hui, à savoir : randonner avec Tétigne, se soucier de l’eau potable d’Ignocratie et d’ailleurs et se satisfaire de son sort, pourtant tellement privilégié?

 

Et ce n’était pas son amie Vénus-Saïcha Anora – quel nom délicat de déesses – qui dirait le contraire !

 

D’ailleurs, mis à part ceux qui étaient sensibles aux froissements de ses nombreux billets de Banque et celles qui – comme la Gémix ou la Bouphie – partageaient son inclination pour les jérémiades et les égocentricités; personne, en Ignocratie, comme ailleurs, n’aurait eu l’indécence de pleurer sur le sort de cette bonne femme qui, à elle seule, bouffait toute l’eau potable de la Manioure pour tremper son gros cul dans la javel. Personne, sauf : ses enfants – cela ne compte pas, car, en Ignocratie comme ailleurs, les enfants protègent toujours leurs parents – et cette étrange Aube Doursier…

 

Cette petite maigrichonne discrète – qui avait pourtant survécu à la Bouphie, à son Pervers de frère et au trottoir sur lequel Sinodul l’avait ramassée – intriguait de plus en plus Hermyane. Elle la savait insensible aux froissements des billets de la Rancifos: il n’y avait rien qu’à regarder comme elle était mal fringuée et jamais peignée! Non, vraiment, les richesses de cette sorte ne l’intéressaient pas. Elle aimait bêcher la terre, nourrir ses poules, tailler les Hortensias, cueillir de l’Origan pour sa pizza, caresser l’un de ses chats, courir avec son chien ou bavasser avec son idiot de voisin. Elle aimait aussi écouter Sinodul jouer du Tam-Tam des heures durant – et on se demandait bien pourquoi ! Car si Hermyane, lorsqu’elle avait planqué devant leur domicile des jours et des nuits entiers, admettait qu’il n’en jouait pas trop mal : de là à se le cogner jusqu’à des heures indécentes pour qui, comme elle, travaillait du soir au matin, fallait pas déconner !

 

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