IGNOCRATIE #43

Moutons

C’est que la non-mère de Vénus était une salope de la pire espèce. D’abord, son nom, comme souvent en Ignocratie et ailleurs, l’indiquait: Ratas Chiène Llen. Le genre, un peu comme la Rancifos mais beaucoup plus fortunée, beaucoup plus grasse – si c’était possible! – beaucoup plus vicieuse et complètement dégénérée. Le genre, donc, à posséder des demeures plus qu’indécentes: c’est que la garce était châtelaine. Oui, msieurs’ dames’! Il y avait, derrière les hautes grilles carrément passées à l’or fin – chez la Rancifos, c’était du toc, évidemment! Mais ça lui suffisait à se faire croire des tas de choses. Un peu comme dénuder son gras pour ses voisins et se faire croire que l’on était toujours désirable et ce malgré les rides, le rance et le froid glacial qui émanait de sa vieille chatte peu souvent utilisée. Ce bon Charles se lamentait toujours de devoir attendre ses rendez-vous bimensuels, pour décharger son trop plein d’amour dans le trop plein d’orgueil et de rigidité de la Simone, rappelez-vous…

Et donc, il y avait, derrière les hautes grilles passées à l’or fin de la Ratas Chiène Llen, autant de piscines javellisées, de buffets intouchés, de chambres inoccupées et de cheminées éteintes; que ce qu’il y avait, à des kilomètres à la ronde, de pauvres hères à la rue, assoiffés, affamés, frigorifiés et sans toit, ni draps frais pour s’étendre et se reposer.

Évidemment, la Ratas, ne devait ce privilège qu’au cul dont on l’avait sortie et avec quelles difficultés! C’est qu’à peine éclose, la Ratas Chiène Llen s’accrochait déjà fermement à tout ce qui l’entourait, comme pour se l’approprier d’office: et les parois vaginales de sa génitrice, tout aussi dégénérée, n’avaient pas fait exception à cette règle qu’elle suivrait toute sa vie. Évidemment, comme toutes les Reines Mères de lignée – ce qui est fort différent des autoproclamées, telles que la Rancifos et la Gémix – elle possédait par la naissance tout un tas de choses, indécemment et en dépit de toute la misère d’Ignocratie et d’ailleurs.

Et cela ne lui suffisait pas.

Elle passa donc son adolescence, claffie de boutons, d’avarice et de méchanceté, à chercher ce qui pourrait enfin la satisfaire. Elle avait lu, dans une revue médiocre quelconque, car les reines de cette espèce possèdent des tas de bibliothèques très garnies mais lisent exactement les mêmes revues sans intérêt que tout le monde. Elle avait donc lu, par un après-midi d’automne où il avait grêlé – l’embrouillement météorologique, tout ça, tout ça – que mettre au monde un chiard avait le pouvoir de changer sa vie. La photo d’une icône ridée mais photoshopée, souriant béatement à l’objectif avec un moutard dans les bras, l’avait convaincue.

Mais, toute reine mère de lignée qu’elle fut, la Ratas Chiène Llen avait besoin de se faire rentrer dedans par un mâle, si elle voulait que ses ovules, qui commençaient déjà à sentir le rance, aient une chance d’être fécondées un jour.

Seulement voilà, personne ne voulait rentrer dans cette bonne femme laide et malodorante. Mais la Ratas, peu habituée à ne pas obtenir ce qu’elle exigeait, attrapa un pauvre mec sur sa mobylette, alors qu’il se rendait au travail – ces histoires de pauvreté, de fractures sociales abyssales, tout ça, tout ça – et lui promis Monts et Merveilles, s’il acceptait de l’engrosser. Ce que le pauvre homme, ébloui par l’éclat de l’or fin des hautes grilles du château de sa laide, fit sans trop se poser de questions. Rapidement, les merveilles s’envolèrent et ne restèrent plus que les monts, fort raides à grimper. De cet union hasardeux, la Ratas ne réussit à sortir de son cul malpropre qu’un avorton atrocement laid, geignard et débile qui fut nommé Ratas Tis N’Llen. Ce fut le drame. La Ratas n’avait pas obtenu ce qu’elle voulait: à savoir, le beau bébé tout rouge et tout joufflu et le sourire photoshopée de l’icone de mode.

De plus, en grandissant, Ratas Tis N’Llen était de plus en plus laid et geignard: ce qui diminuait drastiquement les chances de la vieille de voir sa lignée de dégénérés perpétuée. Cela la mettait dans une rage telle, que son mari émasculé depuis belle lurette, chercha une solution pour faire taire ses atermoiements insupportables, même pour lui…

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