IGNOCRATIE #45

Moutons

 

 

Hermyane, donc, rassurée dans sa conviction quant à son enquête sur la subtilisation de la Rouma et toujours persuadée, allez savoir pourquoi, que la civilisation – et pas qu’elle, c’était bien là le problème: les arbres, les fleurs, les abeilles, les légumes verts et variés, les fruits blets et sucrés tout ça, tout ça et qui faisaient les frais de cet embrouillement généralisé et catastrophique – Hermyane, donc, toujours persuadée que la civilisation vivait ses derniers instants; que cela était en rapport avec le vol de la Rouma – aussi peu remarquable qu’ait l’air ce crime, si on le comparait à toutes les enquêtes sordides d’Ignocratie et d’ailleurs – continuait ses petites investigations discrètes, oui mais efficaces!
Elle avait pigé quelque chose sur la Doursier et sur ses poèmes, qu’elle prenait le temps d’écrire, malgré tout le labeur et tout l’acharnement de Sinodul à faire d’elle une paresseuse insensée et infidèle. Ce n’était pas à la famille Doursier qu’elle écrivait! Evidemment, non! Pourquoi aurait-elle fait une chose aussi stupide? Aube écrivait pour Hermyane! Ou plutôt, elle écrivait pour tous ceux qui, comme elle, comme Hermyane – même si elle ignorait tout de cette enquêtrice chevronnée et de sa conviction profonde – pensaient aussi que la Rancifos était méprisable à souhait et que les privilèges dont elle bénéficiait, malgré son absence totale d’effort pour quoi que ce soit dans la Vie, étaient une injure à la misère grandissante du Monde. Pire, c’était une complicité des plus viles: celle qui concernait un Génocide Généralisé. Un peu comme la Ratas Chiène Llen mais en plus dangereuse: car la Rancifos prétendait se soucier des choses vivantes d’Ignocratie et d’ailleurs, là où elle s’en foutait comme de l’an quarante; tout autant que la Ratas, certes, mais qui, elle, au moins, avait le mérite de le reconnaître. Seule sa lignée de dégénérés comptait. Un peu comme pour les dirigeants et moins dirigeants de Cranfe ou d’ailleurs tels que le Nocram, sa non moins laide et fripée de marquise que ne l’étaient la Rancifos et la Ratas: la Trugonex; ou encore les prétendus défenseurs de cette Terre dévastée, tel que le Chiolas Nulot qui préférait, et de loin, mettre sa lignée bien à l’abri là où il le fallait: c’est à dire dans un endroit privilégié avec eau potable, arbres en bonne santé, fruits et légumes divers et variés, et cætera, et cætera, et cætera.
Or, la Rancifos n’avait que faire de la sienne. Elle n’aimait rien, ni personne, il faut suivre… D’ailleurs, il n’y avait rien qu’à observer comment la bonne femme n’était pas fichue de réaliser à quel point la petite Arcagne était une enfant délicate et intelligente. La Rancifos ne comprenait rien à ces choses immatérielles mais essentielles que sont l’être, la sensibilité et l’amour, évidemment. Non, la petite Arcagne ne l’intéressait que si elle manifestait des traits de caractère dont elle raffolait, à savoir: le Caprice, la Méchanceté et l’Arrogance.

 

 

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