IGNOCRATIE #49

Moutons

 

 

Lorsqu’elle pénétra dans la petite BibeLthèque du Bled où vivaient Sinodul Movic et Aube Doursier, Hermyane fut heureuse de constater que ses sources étaient bonnes: c’était bien la jeune femme maigroustelle et pâlichonne qui tenait Bénévolement la permanence de ce premier mercredi du mois. Elle avait peu de temps: c’était une ouverture au public de deux heures seulement mais elle avait un plan d’attaque. Compte tenu de ce qu’elle avait pu récolter comme informations à propos de ce couple très mal assorti et de leur projet d’auto-suffisance alimentaire et énergétique – toujours pour les Abeilles, entre autres choses Vivantes et sur le point de disparaître – et compte tenu de l’Amour d’Aube Doursier pour les Mots et les Belles Lettres, elle avait planché sur sa copie: « La Rébellion d’Une Tige de Foin » de Kanasobu Mukuofa, ou encore « La Signifiance de La Joie » d’un certain Kridu Jinamurshit, Auteurs dont Hermyane n’avait jamais entendu parler mais dont elle aimait le nom, pour le second et le titre, pour le premier. Elle avait toutefois, en bonne enquêtrice qu’elle était, fait des recherches sur les travaux des ces messieurs. Effectivement, leur pensée respective semblait coller au Projet d’Aube et de Sinodul. Le premier avait essayé, fort laborieusement, de convaincre ses pairs de la destruction à venir de la planète et de la nécessité de cultiver la Terre – évidemment sans produit chimico-industrio-de-mon-cul, toujours pour les Abeilles, entre autres choses merveilleuses sur le point de disparaître – et de se contenter, Humblement, de satisfaire avec sobriété à ses besoins et à ceux de sa Famille. Le second avait essayé de convaincre, toujours laborieusement, ses pairs de la Nécessité de rester en Colère. Non pas pour la cracher bêtement au visage du premier venu ou de sa Femme, mais plutôt pour ne pas Oublier tous les pauvres hères d’Ignocratie et d’ailleurs, leurs souffrances extrêmes et le besoin urgent de révolte collective. Mais le monsieur, fort astucieusement, n’omettait pas d’ajouter que cette colère devait être profonde, intérieure et toute personnelle: il s’agissait de réaliser que chaque individu possédait un Libre Arbitre et qu’il pouvait changer le Monde en se changeant lui-même. Hermyane avait beaucoup apprécié les propos de ce dernier, qui n’étaient pas sans lui rappeler ceux de cette poétesse qu’elle aimait tant : Anakra Ynek. Non, vraiment, Hermyane avait bien bossé son sujet pour aborder cette étrange Aube Doursier. Et si cela ne suffisait pas à la mettre en Confiance, elle avait également mémorisé, pour l’occasion, une Citation, spécialement pour cette rencontre: « Les fripons trouvent leur compte dans la bonne foi des honnêtes gens », d’un certain LaidAssis, que, comme tous les dégénérés défoncés à la Bière et au Shit de sa classe au Lycée, elle avait étudié. Car, si elle voyait juste à propos de la Rancifos, de la dérobade de la Rouma, et de la détresse d’Aube Doursier – toujours sur le point de se briser mais toujours farouchement décidée à protéger son Homme – alors, nul doute, ces quelques mots bien choisis feraient mouche. Elle espérait une confidence de la jeune femme à propos de la malhonnêteté évidente de sa non-belle-mère ; titre fort bien indiqué, dans le cas présent, au regard de la laideur de la Simone Rancifos! Mais vous ne l’ignorez plus!

 

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