IGNOCRATIE #55

Moutons

 

 

Hermyane, toujours au bout du rouleau, ne trouvait pas le sommeil. Alors, elle envoya au diable son enquête épineuse sur la dérobade de la Rouma et la Rancifos et fit ce qu’elle faisait toujours: réfléchir. Comme elle avait pensé à ses oncles, à l’incapacité des humains pour l’amour et à la violence; elle songea à ces histoires de gnôle, de disparition du Vivant et de lopin de terre à cultiver.
En ce qui concernait la gnôle, à laquelle elle ne pouvait plus toucher sans être malade et dégueuler ses tripes, l’Anarmej avait aussi rechuté, une fois. Puis arrêté à nouveau. C’était décidément un combat tout aussi difficile que celui de Vénus qui devait rire pour éloigner ses ténèbres; et la gnôle, aussi. La gnôle était partout présente désormais: pour lutter contre l’angoisse, le froid, les balles, les ténèbres, les Rancifos frigides d’Ignocratie et d’ailleurs, et cætera, et cætera, et cætera. Hermyane se félicitait chaque jour de ne plus y toucher qu’en de très rares occasions – qui lui coûtaient du reste très cher, en gerbe: elle refusait de jouer le jeu de tous les dirigeants et non-dirigeants de Cranfe et d’ailleurs qui faisaient leur beurre sur la misère, les souffrances et les gnôles à-pas-cher; alors qu’elle avait trouvé son remède à ses propres démons: travailler d’arrache-pied pour coincer les coupables de toutes ses enquêtes – et la Rancifos n’y échapperait pas; fumer un gros joint, le soir, pour oublier la Bactérie Unicellulaire et enfin, se chercher par la suite un lopin de terre à cultiver, pour les abeilles. Par ailleurs, elle songea que si tous les adeptes de la gnôle en faisaient autant, cela diminuerait peut-être les chances de la Bactérie Unicellulaire de gagner son combat contre le vivant. Cela lui paraissait fort Logique. Elle songea, alors, que c’était peut-être pour cette raison que la Doursier encaissait sa vie infernale auprès de Sinodul Movic, de ses vapeurs d’alcool et de sa dégénérée de génitrice. Car à force de planter des tas de choses vivantes, sans produits chimico-industrio-de-mon-cul, pour les abeilles, toujours. A force de bonne cuisine, sans sels et sucres divers et avariés ajoutés. A force de ne plus étouffer les vibrations des Tam-Tam de l’Ifraque dont Sinudul était un adepte – allez savoir pourquoi! – et qu’elle écoutait et encourageait inlassablement, malgré sa fatigue physique et morale extrême. A force de rires et de bonne humeur: les jeux de Laine avec ses chats, de Bois avec son chien, de grossièretés avec son con de voisin, de Jambes en l’Air avec son homme; à force de toutes ces choses merveilleuses et sur le point de disparaître, peut-être que Sinodul renoncerait à la gnôle. Et l’on sait que la gnôle est bien souvent responsable des démons de ses adeptes. La voix sinistre et emplie de haine de Sinodul finirait peut-être par se taire, pour laisser une place à celle de son cœur; s’il en avait un, bien sûr. Ce dont Hermyane doutait fortement. Mais elle chassa cette enquête insoluble de son esprit et revint à ce projet, tout neuf, d’imiter la Doursier et de se trouver un lopin de terre, pour elle, Tibouk et les abeilles.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s