IGNOCRATIE #63

Moutons

 

 

Tout en marchant et en réfléchissant toujours – et à ses expériences passées et à son enquête présente – Hermyane tomba nez à nez avec un beau gros pied d’Herbe bien Vert et très Odorant. Hermyane n’était pas une voleuse – enfin, si on n’omettait tous les vernis à ongles, à lèvres ou à cheveux qu’elle chipait, adolescente, dans les multi-agro-pharmaco-chimico-distributeur-de-mon-cul, qui affamaient la Terre entière pour se garder les milliards nécessaires aux hectares, aux puits, aux cuves, et cætera, et cætera, et cætera. De plus, elle avait eu la chance de ne jamais se faire prendre : les rabzas de Sela faisant l’objet d’une discrimination évidente de la part de tous les vigiles de tous les commerces; elle passait donc inaperçue. Sauf une fois, à Valpiochier, la ville bourgeoise du département limitrophe qu’elle exécrait mais où elle avait dû s’exiler pour étudier et où elle avait eu droit à une petite gardav’ assez loufoque! Mais Hermyane savait larmoyer quand c’était nécessaire et on l’avait laissée libre de repartir, sans sa peinture pour ravalement de façade, évidemment. La sensibilité de Pyrier-sève et son sens aigu de la marche militaire – qu’il tenait probablement de son père – ne s’en était jamais tout à fait remis. C’est probablement la raison pour laquelle il n’avait pas mis si longtemps à la remplacer, lorsqu’elle l’avait fui accrochée aux bras musclés du Zalloueg. Pour l’heure, elle était et lasse de son enquête et excitée par tous les écrits de la Doursier qui venaient bouleverser ses investigations, alors elle se servit une belle tête bien Mûre d’herbe et décida de la fumer, au pied du châtaignier qui sentait bon le Cèpe et l’Amanite Tue-Mouche. Elle espérait qu’une petite défonce lui donnerait deux ou trois idées géniales pour épingler le cul tout gras de Rancifos sur la dérobade de la Rouma. Mais cette plante des dieux n’en faisait qu’à sa tête, c’est un fait connu de tous, en Ignocratie comme ailleurs. Alors elle dû se coltiner tous ses souvenirs d’adolescente plate comme une planche à pain. Et ils concernaient sa sexualité. Putain! Comme si elle avait besoin de ça maintenant: saloperie de Marie-Jeanne! Elle constata alors, avec surprise, que d’autres souvenirs venaient se mêler à ceux qu’elle avait convoqués dans la salle d’attente des abattoirs et qu’elle ne se rappelait pas de celui qui lui avait pris sa Virginité. Tiens donc, se dit-elle, comme c’est étrange… Elle se souvint par ailleurs parfaitement du second, dont elle avait complètement oublié l’existence: un certain Min Jenban, né dans une banlieue siriennepa sinistre et dont elle avait été folle amoureuse pendant les deux mois de leurs vacances scolaires, alors que lui s’était foutu de sa gueule. Cela commençait bien. Heureusement, il y avait eu Pyrier, ensuite. Pour ramasser les pots cassés. Elle admettait qu’il avait fait preuve de beaucoup de tendresse et d’attachement pour y parvenir. Puis Mika avait à nouveau tout cassé. C’est qu’il avait peut-être eu honte, songea-t-elle soudainement, d’être tombé amoureux d’une Pute. Oui parce qu’à Sela comme ailleurs, les langues venimeuses vont vite: et Hermyane se souvint tout à coup – merci Marie-Jeanne! – des quelques sauteries alcoolisées auxquelles elle s’était adonnée avec ses copines. Et parfois sans elles, aussi. Avec Caro Raffole, elle avait partagé une tente et une sauterie minable: son amie était entre les mains de son non-frère Liam Tor Magulu alors qu’Hermyane essayait laborieusement d’avoir envie du cousin de ce dernier, Cédric Es Yerpod. Mais cela n’avait pas fonctionné. C’est qu’Hermyane, bien que défoncée à la bière et au shit, trouvait la situation plus hilarante qu’excitante. Il y avait eu cette fois, aussi, où, toujours défoncée à la bière, à la tékila et probablement au shit, elle avait gentiment laissé un jeune homme introduire deux ou trois doigts dans son intimité. Il était gentil, et elle s’ennuyait, à cette soirée. Une fois, aussi, elle avait gentiment laissé un jeune homme introduire son manche, auquel elle plaisait beaucoup; tout au fond de sa gorge blanche et fine. Elle n’y avait pas pris de plaisir. ça, elle s’en souvenait parfaitement. Mais le jeune homme avait eut l’air si heureux qu’elle estima que ce n’était pas grand chose. C’est qu’Hermyane, plus jeune, avait adoré cette chanson du fameux JJG, qui prétendait avoir une tendresse particulière pour les filles sans manières, qui disent OK pour les enfers, contre un peu de paradis sur Terre. Elle avait donc été fort généreuse, à bien y réfléchir. Elle avait eu un sex-friend, aussi, mais elle n’aimait pas se souvenir de leurs ébats. D’abord parce qu’il ne pensait qu’à lui et à s’introduire là où elle le refusait: dans sa bouche et dans son cul. Et Hermyane avait décidé que cet amant-là, ne méritait ni l’une, ni l’autre. Ensuite, parce que s’il avait su jouer son rôle sexuel – et encore, son égoïsme en la matière avait quelque peu gâché le plaisir d’Hermyane – il avait parfaitement oublié de jouer celui d’Ami. C’est qu’Hermyane se réfugiait régulièrement dans ses bras pour y oublier Mika, évidemment. De plus, lors d’une beuverie de fin d’année généralisée, le vicelard n’avait pas hésité à manifester son appétit gargantuesque en la matière, et ce en la présence de Lirnaett qui dormait à côté. Hermyane avait alors décidé de lui donner ce qu’il voulait, pour que tout le monde puisse dormir dans des conditions décentes. Mais elle ne lui pardonnerait jamais d’avoir mêlé sa frangine à ses ardeurs tordues. Enfin, elle repensa à son amant d’une ou deux nuits: toujours alcoolisées, évidemment; Troucer Biber. Ce dernier lui plaisait beaucoup, il est vrai. Elle l’avait rencontré alors qu’elle travaillait comme porte assiettes-plateaux-additions-sourires dans la Guinguette de son oncle Jorémé. Mais évidemment, Mika s’en était mêlé. Il n’avait pas à faire grand chose pour faire fuir les prétendants d’Hermyane: il lui suffisait de se pointer, lui, ses gros bras musclés et son ami Risam Bizoudi, l’air de rien, pour manger un plat de frites maison – confectionnées du reste par Lirnaett – ou de serrer une main, par-ci, par-là, avec un sourire sournois sur son beau visage et les soupirants disparaissaient, comme par Enchantement. Hermyane réalisa soudainement que si sa vie sentimentale était un tel désert, c’était peut-être parce que Mika l’avait décidé. De manière égoïste et unilatérale, évidemment. Et lui, se payait le Luxe des vacances ensoleillées et des mojitos avec sa Molie: quel culot!

 

 

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