IGNOCRATIE #72

Moutons

 

Hermyane prépara donc des missives, écrites à l’Encre et à la Plume et les fixa bien solidement aux pattes des Pigeons qu’elle nourrissait régulièrement depuis sa plus tendre enfance et qui, pour la remercier, lui rendaient de temps en temps quelques menus services. Elle aurait pu tout aussi bien envoyer des courriers, via Ternet, mais elle avait peu confiance en ces technologies; de plus : il lui semblait depuis quelques temps que sa Figure-De-Chèvre virtuelle avait été piratée. Depuis les flatteries et invitations masquées du Bachelor à la Rose Rouge, certes agréables, elle ne savait jamais vraiment à qui elle s’adressait quand elle était connectée. Elle déconnecta donc tout ce ramdam technologique et se fia aux pigeons. C’est qu’ils étaient tant malmenés, ici et ailleurs, que les miettes de gâteaux et autres restes de pain sec qu’elle leur donnait, les avaient rendus bien disposés à l’aider dans ses enquêtes. Hermyane avait lu quelque part dans un torchon écrit par la Vergras Daf – une pseudo artiste engagée de gauche qui aimait un peu trop le caviar – que les pigeons, à la Kapital, subissaient des tortures diverses et avariés. Hermyane avait toujours aimé les pigeons, alors – Kapital ou pas – quand elle pouvait, elle les nourrissait.
D’ailleurs, à ce propos, elle avait partagé la collation que lui avait offerte généreusement Béniz, lorsqu’elle lui avait rendu une visite de courtoisie lors de son dernier séjour à Sela, avec les pigeons presque disparus, de la ville. Elle savait que Béniz aurait approuvé ce geste car, comme elle, elle aimait les Arbres et les Oiseaux. D’ailleurs, au sujet d’un Figuier malade, Hermyane lui avait suggéré de suspendre des coquilles d’œufs. Elle avait observé, lors de ses planques discrètes au domicile de Sinodul, que la Doursier avait ainsi soigné deux beaux Cerisiers et aimait beaucoup partager le savoir lorsqu’elle était certaine qu’il fonctionnait. Elle avait également dispersé les figues et les Tomates de Béniz, afin que, potentiellement, de beaux figuiers et des pieds de tomates vigoureux puissent pousser, en son honneur. C’est que Béniz était une femme au cœur généreux et elle trouvait qu’elle méritait bien des figuiers et des pieds de tomates, pour lui rendre hommage et lui survivre, dans le temps.
Hermyane fixa donc ses missives à l’attention de son réseau professionnel de la Kapital parce qu’elle savait pouvoir compter sur leur âme profonde et leurs expériences de terrain, aussi: Rannon Eben, Hypipip El Braf, L’Ophéhie Etonod. Elle en envoya aussi deux à ses amies de formation, de vieilles collègues qu’elle aimait parce qu’elles savaient aimer, un peu comme Lohfine De Fipriec. Elle ajouta à ces deux-là deux morceaux de Shit, pour le plaisir de leur faire plaisir: la Panaro ïs Tio et la Amiaz Sel Nouazai.

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