IGNOCRATIE #78

Moutons

 

Dans l’attente, toujours, du retour de cette drôle de Doursier, Hermyane s’occupait comme elle le pouvait. Elle avait fait son ménage, sa popote, passé des coups de fil, rempli son calepin de notes des divers rapports et annotations relatives à son enquête; son frigo était plein, Tibouk ronflait, elle avait pris l’air; bref: elle tournait en rond et ne se risquerait plus de sitôt à évacuer ses ardeurs avec un Homme. Le dernier, dont elle garderait le nom secrètement au fond de son coeur, lui avait laissé une capote dans la Patchole et il lui avait fallu toute une nuit pour qu’elle ressorte! Comment elle avait flippé sa race! Et pourtant, Hermyane n’avait pas peur de grand-chose: mais du plastique coincé dans la patchole, oui!
Alors, elle décida de papoter un peu sur sa Figure-De-Chèvre virtuelle avec des amies et de la famille. Pirate masqué, Bachelor ou pas: elle s’en fichait, après tout; elle n’avait rien à cacher et était le genre de femme franche et directe qui n’avait pas peur de sa vérité.
Elle passa quelques coups de fil, aussi. Elle aimait bien savoir que les gens qu’elle aimait parce qu’ils savaient aimer – et cela devient compliqué, en Ignocratie comme ailleurs, vous ne l’ignorez plus! – se portaient bien.
Avec la Eclaircies Pellibertt, qui riait si fort et avec tant de fougue pour la Vie que cela chassait tous les nuages et tous les orages du ciel, elles avaient parlé de non-religion: Allahisme, Boudhaisme, Jésuisme, Feujuisme – elles y étaient toutes passées et les deux amies de longue date avaient abouti à la même conclusion; l’essentiel ne résidait pas dans le choix de l’icône de mode, plutôt dans le respect de la vie et de l’amour. Ensuite, elle avait discuté longuement de son enquête sur la dérobade de la Rouma et du cul tout gras de la Rancifos avec sa chère amie de longue date : la Lire Fa Furard; une harpie au rire sonore qui exécrait les injustices sociales au moins autant que son amie Hermyane. Et qui aimait aussi les fleurs, danser et lire un roman: bon ou mauvais, parfois cela était juste histoire d’oublier un peu la misère du monde. Avec la Red Air Ducha qui – comme son nom l’indiquait, avait l’éclat du soleil rouge déclinant le soir dans son rire, l’air pur et délicat des montagnes dans les poumons et de l’amour pour les chats, comme Hermyane – avec Red Air Ducha, donc, elles avaient parlé du bon vieux temps sur le terrain avec le Zalloueg disparu et la petite Manna De Thildebe – une ancienne collègue et amie kidnappée par un non-homme qui ne la regardait plus depuis des années alors qu’elle était d’une beauté et d’une gentillesse peu répandues en Ignocratie, comme ailleurs. Red Air Ducha, n’avait de nouvelles ni de l’un, ni de l’autre et même si elle partageait son inquiétude avec Hermyane, elle avait deux marmots adorables à assumer seule ainsi que la responsabilité d’un centre de formation. Ce qui lui foutait une pression ahurissante. Malgré tout, elle avait pris de son temps précieux pour écouter Hermyane lui faire part de son inquiétude pour Mika, ses amnésies légendaires ainsi que les déclarations étranges du Bachelor masqué.
Après avoir pris une collation, Hermyane avait pris des nouvelles de ses vieilles copines de bringues de non-mariages la Miel Nath’Alliée et la Corire Eln Nawack qui – comme indiqué par leurs noms respectifs – aimaient rire, les abeilles et leur miel, l’amitié sincère et réciproque et faire un peu n’importe Nawack, de temps en temps: pour oublier, aussi, leurs connards d’ex et la misère du fond des Océans et d’ailleurs. Enfin, avec une amie plus âgée, respectable, respectée et travailleuse – Erzine Cat Athua – Hermyane avait abordé des choses plus graves, tels que les génocides passés et futurs; et à ce propos, d’ailleurs, Hermyane avait suggéré à son amie débordée de boulot et toutefois toujours disponible soit pour ses enfants, son Homme et ses enfants à lui, sa petite fille ou une ancienne collègue en difficultés, de regarder un bon film pour se détendre et s’enrichir aussi. Il concernait l’histoire autobiographique de la célèbre feuj qui n’avait pas brûlé dans les fours avec les autres. La Hannah Arendt. Fort heureusement qu’elle y avait échappé, à ces fours: cela lui avait permis de laisser un témoignage fort courageux qui disait que la Grosse Moustache qui avait mis au point la solution fatale et les fours pour éradiquer les omos, les gitans et les feujs et tout ce qui lui déplaisait, n’était pas le seul responsable de cette abomination. Tous avaient accepté. C’était d’un connard élitiste qu’Hermyane respectait toutefois pour son intelligence et son expérience d’un génocide, le Valudir Mim Zihi, qu’elle tenait l’info. La Hannah Arendt avait écrit à ce sujet une chose absolument inabordable, cependant: le film qui avait été fait sur elle – car il fallait un certain courage pour se heurter aux Israélistes de l’époque déjà – un bon truc qu’Hermyane avait vu au Cinéma, en faisait un résumé fort pertinent. Elle avait alors pigé ce qui lui avait échappé à la non-lecture du pavé indigeste.
Toutes ces conversations, diverses et très variées, avaient un peu calmé notre détective Denleze surexcitée par le débarquement imminent de la Doursier!

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