IGNOCRATIE #79

Moutons

 

Bordel de merde!
Hermyane avait raté le Débarquement!
La Doursier, une fois arrivée à bon port, au lieu de se présenter au commissariat auprès du Jorma qui l’attendait, avait foncé, bille en tête, à son ancien domicile où elle avait fracassé la vitre remplacée – celle qu’Hermyane avait cassée quelques semaines plus tôt – et ce pour essayer de passer à travers la fenêtre ridiculement minuscule, sous laquelle Hermyane se souvenait avoir effectué sa planque le soir où Sinodul Movic, complètement torché, accablait cette pauvre créature maigre et à bout de forces. Aussi menue soit-elle, la Doursier n’avait pas pu pénétrer dans la maison pour y prendre son chat, quelques affaires, un peu d’herbe et câliner son lapin. Elle avait atterri aux abattoirs où Hermyane avait eu à se faire opérer aussi: le verre cassé ne fait pas de cadeaux, elle n’échapperait pas à une belle cicatrice de guerre, à l’évidence. Cependant, cela s’était beaucoup moins bien passé avec l’équipe de soins des abattoirs. La Doursier, qu’Hermyane avait toujours observée et approchée à pas de loups et qui semblait pouvoir conserver son calme en toute situation, était furibarde! Elle hurlait sur le personnel soignant, tapait dans les murs, jetaient les plateaux repas qu’on lui servait, demandait à être cachetonnée à tout bout de Champ; bref: une allumée impossible à calmer. Et en boucle: elle voulait s’assurer que ses animaux allaient bien. Elle clamait haut et fort qu’ils n’étaient pas en sécurité avec Sinodul et mentionnait même ses antécédents. Ce dernier, disait-elle, à cause de la chiasse de Rancifos et de ses méthodes dignes de la Gestapo en matière d’éducation, avait eu des tendances pour la torture de moineaux et de chats. Il le lui avait confié lui-même. Elle voulait son chat, voir son chien et lorsque quelqu’un de bien intentionné à son égard et qui souhaitait son calme, essayait de la canaliser, elle répondait: « Je préfère encore me gratter la chatte et sentir mes doigts après! ». Ce qui n’avait pas beaucoup de sens et semblait inapproprié mais qui avait au moins le mérite de faire éclater de rire son interlocuteur et d’apaiser un peu la fureur de la Doursier. Le rire, Hermyane le savait aussi par expérience de terrain, est très efficace pour désamorcer les situations de crise et quand la violence n’est pas loin.
Bordel de merde!
Hermyane avait raté tout cela : elle planquait devant le hangar de Pignerpan et avait eu la chance inouïe d’apercevoir Simone Rancifos, en personne, y pénétrer. La vieille, toujours imperturbable dans ses habitudes, avait pourtant fait un faux pas et les avait modifiées un peu en se rendant au hangar, de plus: elle avait mal refermé la porte de secours derrière elle, après s’être introduite dans la pièce obscure. Cependant, avant de s’en apercevoir et de refermer cette foutue porte à double tour, Hermyane avait eu le temps de la voir s’installer sur des chiottes dorés, installés là au milieu du hangar, pour chier!
N’avait-elle donc pas des chiottes, dans sa demeure indécente et derrière ses grilles immenses?
Cette famille était décidément complètement débile ou bien quoi? Hermyane avait entendu du bruit, venant du côté opposé aux chiottes sur lesquels Rancifos avait démoulé mais elle n’avait pas eu le temps de voir ce qu’il en était.
Elle devait laisser ce mystère de côté et aller voir ce que la Doursier avait à lui raconter, afin de l’aider à coincer Simone Rancifos pour ce vol, vil et inqualifiable, de la Rouma…

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