IGNOCRATIE #80

Moutons

 

 

Sur le chemin pour se rendre au commissariat, Hermyane réfléchissait. Son vieux téléphone, pourtant tout Neuf et un peu Naze, qu’elle avait payé trois Francs et six Sous et qui n’était ni Tactile, ni très Obéissant: et qu’elle ne recevait pas les sms ou qu’elle les recevait dix fois. Et que parfois elle pouvait émettre un coup de fil mais que l’on ne pouvait pas la joindre. C’était à se demander si ce portable ne l’avait pas choisie: aussi obstiné qu’elle ne l’était et mû par une volonté difficile à cerner. Pouvait-il être intuitif? Il était pourtant de la vieille génération… Bref, son vieux téléphone pourtant tout neuf, avait décidé de l’aider un peu dans son enquête, aujourd’hui. Sur le chemin, donc, elle put téléphoner à la Kapital pour savoir si ses missives étaient arrivées à bon port. Elle eut la surprise d’apprendre qu’aucunes missives n’avaient été délivrées. Dans un premier temps, elle fut en colère. Puis, rapidement, elle réalisa que les pigeons de la Kapital étaient souvent affamés et que, peut-être, voyant arriver de beaux spécimens ruraux et bien nourris au grain, aux miettes de pain et aux restes de Gâteaux maison, les pigeons affamés et malmenés avait pu dépouiller ses messagers. Elle se sentit d’abord un peu coupable puis réalisa qu’ils étaient aussi fort robustes et que s’ils avaient été attaqués : aucun doute, ils avaient su se défendre. De plus, elle avait aussi observé que les oiseaux, les pigeons y compris, un peu partout en Ignocratie comme ailleurs, et qui commençaient à avoir des difficultés à se trouver de la nourriture, essayaient parfois de picorer des déchets plastiques. Peut-être les missives avaient-elles été digérées, avec ses messages, son encre et son papier?
Elle réussit à appeler plusieurs membres de son réseau professionnel de la Kapital, donc, et leur demanda s’ils avaient, de près ou de loin, lors d’une de leur enquête sordide, entendu parler de cette chiasse de Simone Rancifos ou d’un membre de sa famille. Panaro ne savait rien de cette bonne femme, de plus, elle avait quitté la Kapital pour s’occuper de son moutard adorable qui rêvait de poules et d’oeufs gras et délicieux, la nuit. La Amiaz était occupée et n’avait malheureusement pas le temps pour l’enquête d’Hermyane. Elle bossait sur une enquête sordide aussi, avait un nouveau mec à gérer et des problèmes de thunes à affronter. Bref, la Galère quoi. Quant à Rannon Eben, Hypipip El Braf et L’Ophéhie Etonod : ils étaient débordés de travail aussi, évidemment, cependant ils lui assurèrent leur soutien. S’ils apprenaient quoi que ce soit pouvant aider à cette enquête, ils le lui feraient savoir. Ce qui suffit à Hermyane, regonflée à bloc, pour foncer au commissariat rencontrer enfin cette Doursier, loin de l’influence de ce Maudit Sinodul et de sa chiasse de mère qui s’était à nouveau calfeutrée derrière ses hautes grilles dorées. La Poltronne!

 

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