Contes écolos pour petits et grands #1 et #2

Hermyane étant submergée pas de nouveaux indices virevoltants de toute part – les pigeons Voyageurs, tout ça, tout ça et en ayant ras le cul de cette enquête de merde sur la dérobade de la Rouma; elle a demandé à Aube Doursier de prendre le relais : pour les trois ou quatre lecteurs – peu nombreux d’accord et cependant fidèles et c’est une prouesse, de nos jours. Donc, Hermyane, s’étant mise au Vert pour ses congés a décidé de vous faire Partager les contes écologiques de la Doursier qui s’y connaît en verdure de toute sorte! Personne ne l’ignore plus, désormais…

 

Contes écolos #1

LES CONTES DE POUILHOU…

Il était une fois, un monde sombre et désolé.
Un monde où les enfants n’aimaient plus jouer dehors.
Sans doute parce que la Brise n’était plus légère et parfumée mais lourde et puante.
Ou parce qu’il n’y avait plus ni moineaux, ni hérissons, ni écureuils à suivre, dehors. Seulement des voitures à éviter.
Les enfants l’ignoraient, mais le monde avait été différent.
Il avait été magique…
La Brise, au printemps, chargée de mille parfums de terre, d’insectes et de fleurs, amenait avec elle des centaines de milliers d’êtres aux pouvoirs inimaginables!
Ces minuscules créatures savaient tout ce qu’il y a à savoir sur la Vie. Elles faisaient généreusement profiter de leur connaissance infinie, volant d’une fleur à l’autre, bourdonnant gaiement: après leur passage dans les airs, les fruits mûrissaient sur les arbres et les plantes sortaient de terre.
Oui, c’était vraiment magique.
Mais les enfants l’ignoraient car la Brise avait disparu…
Elle avait été chassée par un souffle lourd et chaud et les minuscules créatures ne pouvaient pas y survivre.
Certains murmuraient que c’était là le souffle putride d’un dragon mais nul ne l’avait encore vu.
Ainsi, les arbres avaient cessé de faire des fruits et la désolation s’était abattue sur le monde…
Un monde où les enfants n’aimaient plus jouer dehors car ils préféraient jouer à faire semblant.
Ils faisaient semblant de courir dans l’herbe.
Ils faisaient semblant de nager avec des poissons qui n’existaient pas. Ils faisaient semblant de cultiver du maïs et de nourrir des poules et des vaches.
C’est qu’ils n’avaient pas toujours le choix: le souffle chaud qui avait chassé les créatures de la Brise avait dispersé son odeur putride partout.
Ainsi, il n’y avait presque plus de terre où semer des graines, si peu de cours d’eau foisonnants de poissons avec lesquels nager, trop de vaches mal nourries et malades…
Puis, en grandissant, ces enfants qui n’avaient jamais joué dehors et qui n’avaient appris qu’à faire semblant, faisaient eux aussi des enfants qui ne connaîtraient ni la Brise chargée de parfums, ni les centaines de milliers de créatures qui faisaient naître les fruits sur les arbres.
C’était un monde bien sombre et désolé, en vérité…
Certains prétendaient toujours que l’air putride qui ne cessait de gagner du terrain était le souffle chaud d’un dragon qui rodait mais nul ne l’avait encore vu… Et les gens tombaient gravement malades.
La nourriture était toxique, l’air pollué, l’eau qui jaillissait du sol était sale.
Mais pire encore que tout cela, les gens souffraient d’un mal plus terrible, un mal qui s’attaquait à l’esprit: ils étaient si troublés qu’ils n’avaient plus conscience d’être malades. Ils avaient oublié la Brise, les créatures et la Vie. Ils ne savaient plus ce qui est essentiel, ils ignoraient tout de l’herbe, du maïs, de l’eau ou des vaches. Ils ne savaient plus rien, ils n’avaient plus rien à apprendre à leurs enfants, ils avaient fait semblant trop longtemps…
Mais comme ils ne parvenaient pas à le voir, la maladie avait pu s’installer définitivement dans leurs esprits.
Et alors que les enfants faisaient toujours semblant de jouer dehors, leurs parents faisaient semblant d’être occupés à des choses importantes, des choses dont ils prétendaient tirer profit pour le bien de tous…
De cette façon, ils pouvaient persister à ignorer que le souffle putride allait finir par gagner et les ensevelir à tout jamais dans les ténèbres…

Fort heureusement, quelque part dans les montagnes que le souffle du dragon n’avait pas pu atteindre, la Brise avait continué à souffler au printemps. Et les minuscules créatures qui l’accompagnaient avaient fait naître les fruits dans les arbres!
En ce lieu protégé, les fleurs et les plantes jaillissaient toujours du sol. L’eau coulait, claire et puissante, par des sources fraîches et cachées.
Les minuscules créatures s’étaient réfugiées là, fuyant le souffle putride et destructeur.
Là, dans ces montagnes, elles pouvaient continuer à disperser aux quatre vents leurs pouvoirs extraordinaires.

Et elles n’étaient pas les seules à avoir choisi cet endroit: moineaux, hérissons, écureuils et tant d’autres encore les avaient imitées!
C’est que cet endroit, épargné par le souffle, possédait des pouvoirs magiques capables de lutter contre le brouillard épaississant qui menaçait d’ensevelir le monde.
Plus important encore, il possédait deux gardiens, déterminés et féroces…

Contes écolos #1 bis
… Il était une fois, dans un petit hameau de montagne isolé du reste du monde du nom de Pouilhou, un très vieux monsieur qui s’appelait Matinus et sa très vieille femme qui s’appelait Madeline.
Matinus était vieux mais plein de vigueur. Depuis plus d’un demi-siècle, il semait des graines. Il avait le dos courbé comme un arc prêt à décocher et l’esprit vif comme une flèche. Ses yeux brillaient toujours de malice.
Madeline était vieille aussi et son visage était ridé comme une figue séchée. C’est que Madeline avait beaucoup ri et beaucoup pleuré dans sa vie, les larmes et les rires avaient creusé des sillons sur sa peau fine.
Matinus et Madeline étaient bien vieux, oui.
Pourtant, ils étaient encore bien loin de la tombe!
Et leurs activités quotidiennes résonnaient à Pouilhou depuis si longtemps que tous les croyaient installés ici depuis toujours…
Ce soir-là, Matinus était agité.
Madeline le comprit tout de suite en l’entendant maugréer tout seul. Son vieux mari cherchait quelque chose, qu’apparemment, il ne trouvait pas.
« Eh bien, qu’as-tu, Matinus, à rouspéter de la sorte? On doit t’entendre au-delà du ciel!
Le vieux Matinus, en effet, n’avait pas l’air content:
– Je cherche le cahier. Où diable as-tu rangé ce maudit cahier? Toi et tes manies de tout ranger et de tout changer de place!
Madeline, qui câlinait une vieille chatte tigrée allongée sur ses genoux, ne cilla pas. Elle avait l’habitude d’essuyer les foudres passagères de son impétueux mari. Ce qu’il cherchait devait être important pour qu’il en vienne à l’accuser…
Enfin, le vieux Matinus poussa un cri de victoire:
– Je l’ai! J’ai trouvé le cahier! »
Le cahier n’était pas un cahier comme les autres.
C’était un cahier de Transmission. Mais il ne s’agissait pas de transmettre n’importe quoi!
Non, c’était un cahier qui possédait une volonté propre, un esprit clairvoyant ainsi qu’une fonction très précise: il devait servir à un parent afin de transmettre une Valeur à son enfant…

En effet, lorsqu’un parent avait atteint un âge sage et avancé, il devait y écrire, à l’attention de son enfant, quelle avait été la Valeur qui avait changé sa vie. Celle qui lui avait permis de devenir un adulte accompli. Il devait également expliquer, à l’intérieur du cahier, comment il avait trouvé cette Valeur et à quoi elle lui avait servi.
Mais attention! Le cahier de Transmission, doté de sa volonté propre et de son esprit clairvoyant, avait le pouvoir de refuser la Valeur inscrite en ses pages, si celle-ci ne lui paraissait pas authentique…
Ce qui arrivait de plus en plus fréquemment, depuis que les gens ne savaient plus que faire semblant. Les parents faisaient semblant d’avoir travaillé dur toute une vie pour trouver une Valeur. Alors, le cahier, qui ne tolérait pas le mensonge, l’effaçait et attendait que le parent cherche vraiment. Ce que les parents ne savaient plus faire. Ça aussi, ils l’avaient oublié…
C’était pourtant un spectacle extraordinaire que d’offrir un cahier doté d’une Valeur à un enfant…
Car la Valeur, après avoir été inscrite et acceptée par le cahier, lorsque l’enfant posait ses yeux dessus pour la lire, se transformait en une toute petite fée ailée, faite pour virevolter dans la Brise avec les autres minuscules créatures. Ce qu’elle faisait! Et avec quelle adresse! Mais la Valeur ne se contentait pas de virevolter dans les airs. Elle avait, elle aussi, une fonction très précise: elle devait aider l’enfant qui l’avait fait naître d’un regard à grandir.
Ainsi, en virevoltant toujours, les Valeurs murmuraient tout bas des tas de choses aux enfants: des choses chaudes et douces comme le vent d’été pour consoler, des choses parfois plus dures et cassantes, comme une bise d’hiver, pour apprendre, des choses imprévisibles et amusantes comme la Brise au printemps et parfois aussi des choses très sérieuses, aussi sérieuses que le vent d’automne qui emporte les feuilles mortes…

Matinus contemplait son cahier de Transmission avec une certaine crainte: c’était le dernier cahier de Transmission.
Les autres avaient été vidés de leur volonté et de leur esprit par le souffle putride. De toute façon, les parents étaient désormais trop malades pour y inscrire quoi que ce soit de valable et l’air était trop pollué pour que les Valeurs puissent rejoindre la Brise qui avait, en prime, disparu presque partout…
La vérité, c’est qu’il ne restait plus qu’un seul cahier de Transmission pour tous les enfants de la terre.
Et malheureusement, sans cahier de Transmission, plus aucune Valeur ne pouvait prendre vie sous le regard émerveillé d’un enfant…
Matinus contemplait toujours son cahier en le retournant lentement entre ses vieux doigts noueux.
Madeline regardait les doigts de son mari et la vieille chatte qui ronronnait regardait Madeline.
Puis, les deux époux s’observèrent un bref instant en retenant leur souffle. C’est Madeline qui parla la première:
« Nous n’avons pas le droit d’écrire dans le cahier… C’est bien dommage.
– Pas le droit? Et pourquoi n’aurions-nous pas le droit?
Même s’’il connaissait parfaitement la réponse à cette question, Matinus attendait que ce soit sa femme qui y réponde:
– Parce que le cahier doit servir à transmettre une Valeur à notre enfant et que nous n’avons pas d’enfant…
Madeline reprit ses caresses à l’attention de la vieille chatte tigrée qui ronronnait toujours, imperturbable quand il s’agissait de voler un moment à sa maîtresse toujours occupée. La vieille femme plongea son regard couleur de noisette dans les flammes de la cheminée, un sourire triste et fatigué sur le visage. Elle songeait à tout ce qu’ils pourraient écrire dans ce cahier, si seulement il le permettait. C’est qu’ils avaient trouvé en ce lieu tant de Valeurs et qu’elles leur avaient été si utiles. Des enfants devraient pouvoir en bénéficier, pour les aider à grandir, songeait-elle.
Mais la règle était la règle.
Matinus, qui feuilletait les pages blanches du cahier en question, pensait à la même chose et il sentit son coeur se serrer un peu. Irrité, il s’exclama:
– Ce n’est pas possible! Il doit bien exister un moyen! Il faut que l’on permette à ce cahier de Transmission de faire naître une Valeur, au moins une dernière fois. Nous ne pouvons pas laisser passer la dernière chance qu’il reste à une Valeur de rejoindre la Brise et de chuchoter des choses aux enfants, si? Ce serait terrible!
– Je sais bien, mon vieil amour, je sais bien… Mais nous n’avons pas d’enfant et le cahier de Transmission précise bien dans sa notice que seul un parent qui dispose d’une authentique Valeur peut l’inscrire en ces pages à l’attention de son enfant. C’est écrit là, tu vois? Si nous ne remplissons pas ces conditions, le cahier effacera tout ce que tu écriras!
Le vieux Matinus devait bien l’admettre, sa femme avait raison: il avait la notice du cahier sous les yeux. Il contempla la cheminée et se laissa bercer lui aussi un instant par le va-et-vient des flammes dans l’âtre. De longues minutes s’écoulèrent ainsi, lentement, au rythme apaisant des ronronnements qui n’avaient pas cessé.
Tout à coup, Matinus chuchota:
– Il y a bien les enfants de l’épicière. Combien de fois sont-ils venus jouer avec le chien ou assister aux naissances à Poulaillhou? ça pourrait compter, non?…
Le regard de Madeline étincela:
– Mais oui! ça pourrait compter, peut-être… Il y a aussi les petits enfants de la factrice. Tu te souviens, chaque année, pendant leurs vacances, ils venaient chercher des oeufs et des framboises? Ils ne rataient jamais une occasion.
– C’est vrai. Et les petites jumelles du hameau voisin, il me semble que je les vois encore arriver sur leur bicyclette, pour le goûter, les jours de four à pain!
– L’une d’elle adorait le pain d’épices! Tu as raison, tout cela pourrait compter…
– Il n’y a qu’un moyen de le vérifier…
Et déjà, Matinus avait ouvert le cahier à la première page et avait attrapé un crayon. Sa femme l’observait avec un mélange d’angoisse et d’excitation. Elle demanda:
– Que vas-tu faire?
– Je vais écrire sur ce foutu cahier, pour tous ces enfants qui ne sont pas les nôtres mais dont nous nous soucions quand même! Et puis nous verrons bien! Si le cahier efface tout, alors on pourra s’en servir pour allumer la cheminée, voilà!
Un claquement de langue sonore vint appuyer sa décision, ce qui fit sursauter sa femme et bondir la chatte à terre.
Madeline réfléchit quelques secondes et approuva:
– Tu as raison, écrivons pour tous les enfants. Peu importe si ce ne sont pas les nôtres: nous avons des Valeurs à partager et de l’amour dans le coeur… Peut-être le cahier le saura-t-il?
– Evidemment qu’il le saura, c’est un cahier de Transmission authentique…
Matinus venait de poser la pointe du crayon sur le haut de la page blanche. Il attendait. Madeline s’impatientait:
– Eh bien! Qu’attends-tu pour commencer à écrire?
– Mais! Enfin! Je ne peux pas écrire n’importe quoi! Il s’agit de transmettre une Valeur essentielle, une Valeur que nous avons durement cherchée, avant de la trouver.
Les deux vieux époux se mirent alors à réfléchir intensément à cette Valeur qu’ils souhaitaient transmettre à tous les enfants.
Soudain, Madeline eut une idée, et s’approcha de Matinus pour lui serrer la main, toujours immobile et en attente au dessus de la feuille blanche du cahier. Elle chuchotait presque à l’oreille de son mari lorsqu’elle lui dit:
– Il faut parler d’Ignace…
– Mais Ignace n’est pas une Valeur, enfin! C’est une limace!
– Oui. Mais Ignace nous a enseigné une grande Valeur, au fil des années….
Matinus regarda sa femme et lui sourit pleinement: bien sûr, Ignace leur avait appris à cultiver une Valeur! Et quelle Valeur! Une de celle qui méritait tout à fait sa place dans un cahier de Transmission, à l’évidence. Une, bien cachée, qu’ils avaient mis des années à trouver, grâce à Ignace. Ignace savait, par la force des choses, que montrer l’exemple était la seule façon de convaincre. Et il avait su s’y prendre avec Matinus et Madeline…
– Bravo ma vieille épouse! Tu as trouvé une belle Valeur. Voyons maintenant si ce satané cahier saura la reconnaître comme authentique et ne pas l’effacer, puisqu’elle s’adresse à tous les enfants qui ne sont pas les nôtres! »

Contes écolos #2

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