Contes écolos pour petits et grands #4

Gaston, le hérisson…

Contes écolos #4

Il était une fois, dans un petit hameau de montagne isolé du reste du monde du nom de Pouilhou, un hérisson que tout le monde connaissait.
Gaston était un hérisson qui avait acquis sa renommée grâce à un long voyage qu’il avait effectué, bien des années plus tôt.
Car Gaston n’avait pas toujours vécu à Pouilhou et il avait parcouru de nombreux kilomètres avant de pouvoir y vivre, heureux.
Ce qui faisait de lui un aventurier…

En effet, Gaston était né près de la cité de Foix, dans une petite bourgade située à quelques kilomètres à peine de la ville où, désormais, le souffle putride avait presque tout englouti…
Bien sûr, Gaston et sa famille, au début, s’étaient installés là, dans un grand jardin plein de bosquets de fleurs et de rosiers, parce que la Brise y soufflait à chaque printemps. Il y avait même un petit potager avec quelques salades où Gaston pouvait se régaler d’insectes dont il était friand. Les gens qui vivaient là aussi, dans une charmante maison plantée au milieu du jardin, avait accepté la présence de Gaston et de sa famille sans difficultés. Ainsi, ils avaient débuté une vie paisible à la campagne. Mais ce bonheur n’avait pas duré…
La Brise s’était faite de plus en plus rare et les salades ne poussaient plus si bien. Les temps devenaient difficiles. Mais Gaston, d’un naturel optimiste, et qui était pourvu d’une qualité inestimable – il était non-violent – décida de mobiliser les siens pour préserver leur foyer. Il fallait faire quelque chose pour la Brise, au printemps.
Bien sûr, comme tout le monde, Gaston avait entendu parler du souffle d’un dragon mais nul ne l’avait jamais vu et Gaston ne se sentait pas de taille à affronter un dragon…
C’était à cause de la pollution des voitures que la Brise avait des difficultés à se frayer un chemin, Gaston en était persuadé. C’est ainsi qu’il parvint à convaincre les siens de se lancer dans une lutte acharnée et non-violente: chaque fois qu’une voiture menacerait de polluer leur foyer, ils se dresseraient devant elle et la dissuaderaient de rouler et de salir tout partout! Ils avaient une arme redoutable: leur dos était rempli d’épines. Des épines pointues et dressées, capables de dissuader n’importe quel ennemi! C’était une chose connue de tous, la victoire était assurée…
Armés de leur courage et de leurs épines sur le dos, c’est ainsi que Gaston et les siens partirent fièrement vers l’ennemi, sûrs que leur non-violence viendrait à bout de n’importe quel assaillant, même très en colère, même très fort…
Mais les voitures, ne sont pas en colère. Elle ne sont pas tristes non plus, ou joyeuses, elles ne sont que des machines. Et les machines ne sont pas très impressionnées par les épines d’un hérisson… Quant aux conducteurs des automobiles, malheureusement, ils n’étaient pas plus impressionnés. C’est à peine s’ils les voyaient: ils étaient trop malades pour regarder au-delà des feux de signalisation et panneaux publicitaires et trop occupés à faire semblant de chercher un remède à la lente disparition de la Brise, pour ceux qui s’en souvenaient encore.
Mais Gaston ignorait que les machines ne craignent pas les épines et que les conducteurs étaient bien trop malades pour voir quoi que ce soit. Et ce fut un massacre tragique. Gaston perdit tous les siens.
Pire peut-être, il perdit Foi en sa qualité de non-violent…
Un matin triste de printemps sans Brise, alors que Gaston se recueillait dans le petit jardin où il avait enterré tous ses proches quelques semaines plus tôt, George, un rouge-gorge réputé pour sa grande sagesse, observait tristement ce jeune orphelin.
Touché par ses malheurs, il quitta la branche de Sorbier sur lequel il était perché pour se rapprocher et se posa finalement sur un rosier. Gaston, d’abord surpris et effrayé par le bruit, se mit en boule, épines dressées, prêt à parer une attaque éventuelle…
George tenta de le rassurer immédiatement:
« Inutile de dégainer tes épines, Gaston, je ne suis qu’un rouge-gorge inoffensif et je ne te veux aucun mal. Je m’appelle George.
A ces mots plutôt engageants, Gaston osa un coup d’œil et constata qu’effectivement, il s’agissait seulement d’un oiseau. Il n’avait normalement rien à craindre. Il se déplia et demanda, toujours un peu méfiant:
– Et que me veux-tu, George? D’ailleurs, comment sais-tu mon nom?
– Tout le monde connaît ton nom, à des kilomètres à la ronde, voyons! Gaston, tu as acquis une certaine renommée grâce à ta qualité de non-violent, tu ne le sais pas?
Gaston haussa les épaules tristement et soupira:
– Quelle importance, désormais? Ma Non-Violence n’a servi à rien et mon Ignorance a tué tous mes proches. Les machines n’ont que faire de mes épines, comme elles ont ignoré celles des miens…
Tout en parlant, Gaston regardait les tombes qu’il avait creusées lui-même partout dans le si joli jardin qui les avaient accueillis, jadis. George, chagriné par la peine de son jeune ami, insista:
– Oh! Je sais bien, Gaston, tu as subi de terribles pertes… Mais tu ne dois pas oublier ta qualité de non-violent, elle est précieuse. Tu dois la transmettre avant qu’elle ne soit oubliée, elle aussi. Engloutie par le souffle…
Gaston s’anima soudain:
– La transmettre? Mais à qui? Personne n’en veut, de ma qualité de non-violent. Les voitures ne causent pas et les gens qui les conduisent ne me voient même plus tant ils souffrent d’un mal étrange… »
George comprenait. C’est que, lui aussi avait été chassé de son foyer: là où il était né, la Brise ne venait déjà plus, au printemps, depuis longtemps. Les arbres avaient cessé de faire des fruits pour finalement mourir. L’air était devenu suffocant et il n’y avait plus rien pour se nourrir ou pour nicher. Mais George, lui aussi, possédait deux qualités qui l’avaient tiré d’affaire : il volait aussi loin qu’il le souhaitait et il pouvait aussi chanter, pour oublier que le monde allait être englouti par un souffle lourd et chaud où rien ne pouvait survivre… D’ailleurs, une légende prétendait que l’arrière-arrière-arrière grand père de George, par la perfection de son chant, avait rendu fou un compositeur qui chercha à l’imiter toute sa vie, en vain. Mais plusieurs décennies après, c’était le désespoir qui rendait la mélodie de George si puissante.
Et alors qu’il observait Gaston, il songea en lui-même que ce dernier avait tristement raison: la qualité de non-violent du jeune hérisson ne pouvait pas lutter contre tous ces engins à moteur qui vrombissaient sans cesse, augmentant l’épaisseur du souffle qui s’en nourrissait avidement: fumées de pots d’échappement, vapeurs d’huile ou d’essence : tout lui allait tant son appétit grandissait à vue d’œil… C’était terrifiant et George en frissonna d’effroi. Comme c’était un vieux rouge-gorge sage et qu’il prenait toujours le temps de réfléchir avant de parler, il s’absorba de longues minutes dans ses réflexions.
Soudain, il s’anima à nouveau:
– Gaston, j’ai une idée!
Le jeune hérisson, attentif, attendit que l’oiseau s’explique, ce qu’il fit presque en chantant:
– Tu es non-violent, c’est là ta grande Valeur et tu dois la faire connaître, c’est ton destin. Et puisque les gens d’ici qui conduisent les automobiles n’entendent rien, tu dois partir!
Gaston tressauta:
– Partir? Mais pour aller où? Je ne connais que cette maison et son jardin, j’y suis né…
– Je connais un endroit! Un endroit parfait où la Brise souffle à chaque printemps… Un endroit si joli et qui saura t’accueillir comme il se doit, je m’en porte garant. C’est un charmant petit hameau de montagne, isolé du reste du monde, du nom de Pouilhou…
Gaston, ahuri, n’en croyait pas ses épines! Il demanda:
– Vraiment? Est-ce loin?
George, emporté par l’enthousiasme, s’exprimait désormais en gazouillant:
– A vol d’oiseau? Quelques minutes seulement!
Gaston, à ces mots, s’assombrit à nouveau:
– Je ne suis pas un oiseau, George. Je ne peux pas voler et rejoindre ce bel endroit en si peu de temps. C’est un voyage qui n’est pas fait pour moi, on dirait. C’est bien dommage…
Alors que le jeune hérisson, plus triste que jamais, s’apprêtait à s’en aller, George le retint:
– Pas si vite, Gaston! Tu ne peux pas voler, c’est vrai, mais ce voyage reste à ta portée. Il y a bien une route, qui dessert l’endroit dont je te parle, mais elle est exclue, à cause des voitures. Il existe toutefois une autre possibilité: si tu suis, par la terre, le chemin que j’emprunte par le ciel, alors tu pourras t’y rendre sans craindre de croiser un seul automobiliste!
Gaston, à nouveau, fut gagné par l’enthousiasme de George:
– Vraiment? Et tu me montrerais le chemin?
George, gazouillant plus fort encore, lâcha avant de s’envoler:
– Inutile! Tu croiseras des tas de gens qui te guideront, dis leur que c’est George qui t’envoie! »
Gaston voulait demander à son ami si ce voyage comportait d’autres dangers mais il n’en eut pas le temps.
C’est ainsi que le lendemain, à la première heure et alors que le soleil pointait à peine à l’est de la montagne, Gaston se mit en route pour Pouilhou, son balluchon et ses épines sur le dos.
George lui avait indiqué la direction à suivre, il prétendait que sa qualité de non-violent ferait le reste ce dont Gaston doutait très fort, depuis la tragique bataille qui avait emporté tous les siens…
Alors qu’il progressait lentement à travers un champ de pâturages où paissaient une trentaine de chèvres, Gaston fit sa première rencontre inattendue:

Contes écolos #3 bis

« Salut! Je suis Arnaud, je suis un chevreau. Et toi, t’es qui?
Gaston, surpris et effrayé, se mit en boule sans répondre. Arnaud, qui était un chevreau très curieux, avança son nez pour renifler l’étrange créature qui ne bougeait plus et ne lui avait même pas répondu. Au contact de ses épines, il recula:
– Aie! Mais tu piques! Pourquoi me piques-tu ainsi? Je voulais seulement faire connaissance!
Le chevreau semblait vexé, c’est qu’il ne passait pas grand monde au milieu de son champ de pâturages.
Gaston, désormais rassuré et bien embarrassé aussi, se déplia lentement avant de répondre:
– Je te demande pardon, je ne voulais pas te faire de mal. C’est que, jusqu’à présent, je n’ai croisé personne sur ma route, tu es le premier. Je n’ai pas l’habitude…
Et comme le chevreau ne répondait pas, il ajouta:
– Mes épines sont bien inoffensives, en réalité, tu sais. Elles me servent surtout à me défendre, jamais pour attaquer le premier. Et comme je n’ai jamais rencontré de chevreau avant toi, je me suis un peu méfié, au début. Je suis un hérisson, je m’appelle Gaston et je suis non-violent!
Arnaud, qui n’était pas très rancunier, toisa une dernière fois le jeune hérisson avant de dire:
– ça va pour cette fois, Gaston. C’est vrai, tu n’as pas l’air très violent… Ce que c’est pratique, pour te défendre, tes épines!
Gaston fut touché:
– Vraiment? Tu trouves?
– Ah ça oui! Pour sûr! Tu n’as pas à craindre qui que ce soit. Moi, je dois vivre derrière cet enclos pour être à l’abri de Gaspard et sa famille. Parfois, ça me rend triste et je voudrais bien partir en voyage, avec un balluchon sur le dos, comme toi Gaston! Mais je n’ai pas d’épines non-violentes, je ne peux pas.
Gaston, très ému par le fait que quelqu’un donne de l’importance à sa qualité de non-violent n’osa pas détromper son nouvel ami et lui parler des voitures qui ne craignent pas les épines et des automobilistes malades. Au lieu de quoi, il prit gentiment congé, car il avait un long voyage à effectuer encore:
– Je dois y aller, ma route est encore longue. J’espère être sur le bon chemin… George m’a dit de longer la rivière et qu’elle me conduirait directement à Pouilhou…
– George? C’est George qui t’envoie? Fallait le dire! George est un ami! Il possède un chant légendaire, le sais-tu? Il y a fort longtemps, un homme en perdit la raison à force d’essayer de l’imiter, en vain. Il chante pour nous chaque année, au printemps, avant de parcourir d’autres horizons qui me sont étrangers…
A nouveau, Arnaud sembla triste mais bien vite, il se ressaisit car son nouvel ami Gaston avait besoin d’aide:
– Tu es sur le bon chemin, Gaston! La rivière est tout près, continue par là! »
Le jeune chevreau avait indiqué une direction à Gaston qui se remit en route, son balluchon et ses épines sur le dos.
Il marchait depuis maintenant plusieurs heures, il était fatigué et se sentait un peu perdu si loin de son jardin où il avait grandi.
Soudain, un bruit venu de derrière alerta Gaston qui se roula immédiatement en boule, juste au moment où une mâchoire se refermait… sur ses épines!
« Aïe! Mais ça pique! »
Blondin Martinez Junior troisième du nom, un chien de berger qui s’était converti en infirmier psychiatrique puis en inspecteur de police, et qui enquêtait sur la disparition d’une poule, recula de quelques pattes. Les épines de cet individu étrange dont il ignorait l’identité avait légèrement meurtri ses gencives. Bien sûr, il ne voulait aucun mal à l’individu en question. Il voulait seulement jouer un peu, pour se distraire de son enquête épineuse qui piétinait. Mais Blondin jouait à des jeux de dents et il avait effrayé Gaston. En matière d’épines, il venait d’être servi! L’inspecteur chien gémissait:
« Bon dieu, ça pique! J’ai mal!
Gaston, toujours en boule, eut soudain des remords:
– Je suis désolé! Je ne voulais blesser personne. C’est que, je m’appelle Gaston et je suis un hérisson non-violent mais tes mâchoires sont bien grandes et j’ai eu si peur…
Réalisant la chose, se fut au tour de l’inspecteur Blondin de présenter ses excuses:
– Oui, c’est vrai, mes jeux de dents ne plaisent pas à tout le monde, j’ai tendance à l’oublier. Je suis désolé moi aussi. Nous sommes quittes! Je suis l’inspecteur Blondin Martinez Junior troisième du nom et j’enquête sur la disparition d’une poule. Je voulais juste me détendre un peu, mon enquête est au point mort…
Gaston, tout à fait rassuré maintenant, se déplia entièrement et demanda:
– Je vais à Pouilhou où George prétend que ma qualité de non-violent sera appréciée. Moi, je ne sais pas trop…
– Ce bon vieux George! Tu as devant toi l’inspecteur chef de Pouilhou, petit! Et George a raison: nous apprécions les qualités comme la tienne, chez nous autres! Tu es sur le bon chemin, continue par là, moi je ne peux pas t’escorter: je dois poursuivre mon enquête. »
C’est ainsi que Gaston se remit en route, plus confiant que jamais. D’abord son ami le chevreau et maintenant l’inspecteur chef en personne de Pouilhou: ils appréciaient sa qualité, George avait eu raison!
Le soir tombait lentement et Gaston était si fatigué. D’après les indications de l’inspecteur Blondin, il devrait atteindre le hameau avant la nuit noire et ses dangers.
Soudain, à quelques mètres de lui, Gaston entendit qu’on se disputait. Il s’approcha lentement et lorsqu’il fut assez près pour entendre ce qu’il se disait, il se roula en boule.

Contes écolos # 4 Quatro

Gaspard le renard et son oncle Léonard se disputaient quelque chose. Gaston osa jeter un œil entre ses épines et constata qu’il s’agissait d’une poule! Probablement celle qui faisait l’objet de l’enquête de l’inspecteur Blondin Martinez Junior troisième du nom! ça alors! Quelle coïncidence! Les deux renards se disputaient toujours: pour savoir qui avait le droit de manger les meilleurs morceaux de la malheureuse. Maboule, une poule rousse qui n’avait pas toute sa tête, attendait tristement que les deux renards décident de son sort fatal…
Gaston eut alors une idée et se lança, sans trop réfléchir:
« Bonjour! Je m’appelle Gaston et je suis un hérisson non-violent. Je vais à Pouilhou et je vous demande de relâcher cette poule et de la laisser partir avec moi…
Les deux compères, d’abord surpris, furent ensuite secoués par de grands éclats de rire sonores! C’est Léonard qui parla le premier:
– Oh! Vraiment? Tu vas à Pouilhou et tu veux que nous te laissions t’y rendre avec NOTRE poule? Et comment comptes-tu t’y prendre, petite créature fragile et sans défense, par la force peut-être?
Et les deux renards s’esclaffèrent plus fort encore.
Gaston, toujours en boule, ne se laissa pas intimider:
– Je n’use jamais de la force, je viens de vous le dire. Je vous demande de relâcher cette poule et de nous laisser partir, sans quoi j’en avertirai l’inspecteur Blondin Martinez! Parfaitement!
Les deux renards, qui avaient sursauté en entendant le nom de l’inspecteur chien, s’observèrent.
C’est alors que, soudainement, Gaspard se jeta sur Gaston: toutes dents dehors…
« Aïe! Mais ça pique! »
Léonard observa les gencives en sang de son compère et grimaça. Ils ne se risqueraient plus à tenter une attaque. Ce hérisson non-violent avait là des épines bien efficaces, il fallait le reconnaître. Et comme ils ne voulaient pas non plus se retrouver avec l’inspecteur chien sur le dos, ils capitulèrent…
C’est ainsi que Gaston put se remettre en route pour Pouilhou, suivi par Maboule la poule, sauve et reconnaissante de pouvoir rentrer chez elle.
L’évènement n’avait pas échappé à Sophie, une pie à la langue bien pendue, qui les devança de quelques battements d’ailes et qui s’en alla répandre la bonne nouvelle partout: Maboule, la poule, avait été retrouvée et sauvée des renards par un jeune hérisson non-violent qui cherchait un endroit où vivre pour échapper au souffle.
Lorsque Gaston et Maboule arrivèrent enfin et alors que la nuit tombait, ils furent accueillis par des cris de joie et des applaudissements:
« Vive Gaston, le hérisson non-violent, qui a sauvé Maboule! »
Depuis lors, Gaston vit heureux à Pouilhou où sa non-violence est respectée par tous, surtout l’inspecteur Blondin Martinez pour lequel elle se trouve être très utile: lors de ses enquêtes… épineuses!

Matinus reposa son crayon et déposa le cahier ouvert devant lui sur la table.
Madeline, qui s’était levée pour préparer un pain d’épices, se rapprocha de son vieux mari :
– Tu as terminé ?
Matinus fit claquer sa langue sur son palais :
– Ma foi, oui ! Il n’y a plus qu’à attendre le verdict de ce cahier…
D’ailleurs, c’était ce qu’ils faisaient: l’histoire de Gaston était finie et ils scrutaient désormais tous les deux le point final de cette histoire.
Au bout de quelques minutes et alors que le cahier n’avait pas effacé l’histoire de Gaston le hérisson, il se produisit la même chose étrange que pour l’histoire d’Ignace…
Et Madeline, dont les yeux souriaient, ne parut pas surprise lorsque le cahier ajouta à nouveau deux points au point final de Matinus ! Ce dernier, lorsqu’il s’en aperçut lui aussi, s’écria :
– Eh bien ! On dirait que ce cahier en veut encore, de nos histoires, ma vieille Madeline !
– On dirait bien, oui…
– Tout de même, c’est curieux. La notice stipule bien qu’il faut transmettre une Valeur – et une seule ! – à son enfant…
Madeline lisait à nouveau la notice. Elle opinait du chef :
– Oui, c’est écrit là: un cahier de Transmission possède une volonté propre et un esprit clairvoyant. Le parent doit s’en remettre à sa décision, il ne sert à rien de réécrire la même fausse valeur de différentes façons ou, pire encore, avec un stylo indélébile… Si la Valeur proposée n’est pas authentique, elle sera systématiquement effacée. Dans le cas contraire, elle pourra être transmise par le parent à son enfant.
– Regarde s’il y a une clause pour les cas particuliers.
Madeline se pencha plus près sur le cahier pour voir si quelque chose pouvait s’y trouver : peut-être était-ce écrit en caractères plus petits? Peut-être cela les éclairerait-il sur la volonté de ce cahier bien mystérieux?…
Soudain, Madeline sursauta:
– Mais oui! Il y a bien quelque chose! Quelque chose qui vient de s’ajouter sous mes yeux, là, à l’instant!
Matinus s’anima:
– Eh bien! qu’est-ce que ça raconte?
Sa vieille épouse, tout en s’approchant plus près encore de la page du cahier, soupira:
– C’est écrit si petit que je ne peux pas lire!
Matinus, comme souvent et avec beaucoup d’affection, se moqua:
– Mets donc tes lunettes, vieille étourdie!
Et Madeline rétorqua:
– J’ai déjà mes lunettes, vieil imbécile!
Effectivement, les lunettes usées de Madeline se trouvaient bien sur son nez.
– Et tu n’y vois pas assez bien?!
– C’est écrit tout petit, je te dis!
Matinus s’approcha de sa femme et constata qu’en effet, tout au bas de la notice, une inscription avait été ajoutée, mais qu’elle était écrite en si petits caractères que les deux vieillards ne pouvaient pas la lire. Il maugréa quelque chose à l’encontre de ce satané cahier qui lui donnait bien du tracas, avant de bondir de sa chaise:
– La loupe! Je vais chercher la loupe!
Madeline approuvait silencieusement. Elle ajouta :
– Fais donc, cherche cette loupe. Pendant ce temps, je vais raconter une nouvelle histoire…
– Une nouvelle histoire, mais laquelle ?
Madeline, en souriant, lâcha :
– Celle de Maboule, pardi !
Et Matinus comprit de quoi il s’agissait.
– Tu as raison ! De toute façon, si le cahier a rajouté ses maudits points de suspension c’est qu’il en veut encore, de nos histoires ! Raconte donc celle de Maboule, je vais chercher la loupe ! Tout de même, il faut que l’on sache ce que ce cahier attend de nous !

Contes écolos #4 cink

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