IGNOCRATIE #90

Moutons

 

 

Hermyane s’enferma chez elle, pas à clé, comme tous les jours et décida de dormir toute la journée pour mieux cavaler de nuit: de temps en temps, elle aimait bien renverser la vapeur de la vie et des us et coutumes des habitants d’Ignocratie et d’ailleurs. Une fois rassérénée par cinq longues heures de sommeil, elle se leva et quitta sa chambre qu’elle ferma à double tour, cette fois: pour préserver Tibouk Kilète de toute tentative de kidnapping par les nazis, les extra terrestres, les bolchevics ou encore les vétérinaires sans pitié. Oui, msieurs’ dames’! En Ignocratie comme ailleurs et à l’heure de l’avènement de la Bactérie Unicellulaire: tout est possible et tout est réalisable. C’est donc extrêmement confiante en son projet qui allait lui coûter un bras et un rein, puisqu’elle avait bossé gratos pour l’état de non droit toute sa vie, qu’elle sourit à la nuit fraîche qui l’accueillit lorsqu’elle sortit de chez elle, aux alentours de quatre heures du matin. Il faisait froid, les étoiles étaient nombreuses et elle ne croisa qu’un chat, quelques oiseaux siffleurs et deux mecs: un lui donna une barre chocolatée et le second tenta de l’ignorer, cependant elle le salua toutefois et poliment, avec ça!
Sur les murs, elle nota que les indices relatifs à cette chiasse de Doursier étaient de plus en plus nombreux et elle essaya de les ignorer pour ce concentrer sur son nouvel essentiel: trouver une bicoque pour y foutre des abeilles, des poules, Tibouk, un pote pour Tibouk – elle l’imaginait roux et tigré et des rues, évidemment! Elle aurait aussi aimé pouvoir mettre dans sa bicoque au milieu du jardin : des brebis, un chien, des hippies, des clodos et des pauvres hères amputés comme à la Kapital. Oui, msieurs’ dames’! Hermyane débordait d’énergie et d’idées quant à ce nouveau projet qui lui durerait au moins trois ans. Elle l’avait décidé en scrutant l’exquis dessin d’une cabane abandonnée peint sur un mur, face à elle. Sela lui collait à la peau car ce coup de crayon, cette écriture fine et soignée: elles les connaissaient. Cependant, elle n’arrivait plus à savoir à qui ils appartenaient. Ce n’était pas la signature de la délicate, raffinée et sublimissime Baron Zar Kej : celle-là aurait prit la peine de dessiner une chatte noire, féline et ronronnante; Hermyane en était certaine. Ce n’était pas non plus la marque de Lieuthana Corcé Houpillad : une bonne collègue d’Hermyane beaucoup trop occupée à gérer son équipe de choc – Clédua, Ascalp, Minart et Le Mical – pour perdre son temps Précieux à taguer les murs environnants de la Denleze. De plus, elle aurait pris la peine, comme indiqué par son nom, d’y glisser une écriture sûre d’elle-même et un petit bonhomme qui souriait. Elle récupéra deux ou trois collages tout de même, au cas où et poursuivit son chemin nocturne tout en songeant à ses rêves de miel de ses ruches, d’œufs de ses poules et de litières de ses chats à nettoyer. Elle avait envie de foutre des coups de pioche et de pelle dans le sol : pour ne pas avoir à éclater des tronches de dispensés de réalité. Ce qu’elle ne les supportait plus, ceux-là ! Avec leurs désirs mièvres qui excluaient tout le reste du monde, surtout les pauvres! Elle releva un beau tag fait au pochoir: un poisson. Peut-être un Saumon? Il lui semblait que cette connasse de Doursier avait mentionné de la poiscaille dans sa tirade glauque de la veille. Ou l’avant-veille: cette fille avait le don de faire perdre la boussole. Cela aurait pu être la marque de ses potes Gaia ët Nobech, Cat Thieu Armonam ou encore de la dévouée Naj Buc Hanane, êtres sensibles et préoccupés au moins autant qu’elle par la cause des hères malmenés d’Ignocratie et d’ailleurs, But : ce n’était pas de la Kapital que venaient ces, tous les jours plus nombreux, messages et indices divers et variés. Ils arrivaient de Sela, c’était une évidence pour Hermyane. De toute façon, elle avait décidé de s’en contre foutre royalement, alors elle essaya de poursuivre sa marche et de les ignorer. Cependant, une inscription attira son attention, malgré elle: Pipi Caca que l’on avait écrit. Juste à côté d’une rose rouge superbe. Quel BlasphAime! Elle sut tout de suite qu’il s’agissait de la débilité profonde de cette chiasse de Susse Gamien Dardu, qui était bien de Sela et qu’elle imaginait rongé par un gros Ténia qui lui faisait faire des saucisses de deux mètres de long tous les matins. Elle cracha par terre, pour la peine. La saloperie s’était bien foutu de sa gueule, avec un autobus entier, lors d’un voyage scolaire en Manioure et ce parce qu’elle avait eu l’audace de s’habiller en Orange et Vert. Quelle chiasse, ce type! Cependant, Hermyane s’en était souvenu et n’avait pas manqué de relever combien sa vie était merdique depuis lors, tandis qu’elle s’éclatait. Et celui-là ne savait pas écrire son nom, alors des poèmes et des tags: fallait pas déconner non plus! Hermyane rentra se mettre au chaud, retrouva Tibouk qui ronflait comme une locomotive à Vapeur et se servit un kawa avec de la crème fraîche en songeant comme il serait fabuleux de traire une grosse Vache dodue et pleine de Lait.

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