IGNOCRATIE #92

Moutons

 

Hermyane étant un peu déboussolée par sa nouvelle vie sans enquêtes et par les indices qui se multipliaient et qu’elle essayait d’ignorer, incapable pour autant de ne pas les relever: cinq plumes d’oiseaux devant son Néki pour essayer de bouger son pouce, des collages un peu partout qui venaient s’ajouter aux tags et qu’elle récupérait, par habitude professionnelle pour les glisser dans son carnet de voyage. Celui qu’elle gardait toujours sur elle: où qu’elle soit et quoi qu’elle fasse.
D’ailleurs, même si elle devait aller danser une salsa démoniaque, un jerk rétro ou un madison avec des copains, elle avait son carnet avec elle, dans sa main, à la place d’un verre de gnôle qu’elle ne supportait plus et de l’autre, généralement, elle tenait son joint. Ce qui lui permettait de garder le rythme, un peu comme avec les ramoneurs sur les toits et Marie la Pine.
Bon, tout cela était bien gentil, cependant cela ne ferait pas aboutir son projet de vie tranquille, funky et un peu crado, à la montagne. Oui parce qu’elle l’avait décidé, pour imiter la Doursier: elle chierait dans les bois et se torcherait aux feuilles des arbres, elle se moucherait dans ses T-Shirt et elle ne se laverait plus que tous les trois jours; de toute façon, sa peau était un peu délicate à cause du soleil brûlant et en matière d’hygiène elle avait son point de vue: personnel, écolo et responsable. Une douche tous les jours pouvait être nécessaire, si on avait couru un marathon dans les bois avec son chien et un sanglier, fendu des bûches pour le poêle, piocher la terre pour y planter des fruitiers ou encore dansé toute la nuit en se défonçant sur des airs, par-ci, par-là. Le reste du temps, si on l’avait passé à regarder un film dans son plumard ou à se gratter les tibias, on pouvait se contenter d’une toilette de chatte – au sens propre et au sens figuré: un gant de toilette et un peu d’eau savonneuse; le petit minou, le culcul et les aisselles et le visage et dans le sens inverse, s’il vous plaît : faut pas déconner!
Donc, elle savait déjà comment réduire considérablement ses besoins en eau. Pour l’électricité ce ne serait pas un problème: elle était déjà en mode réduction depuis un certain temps à cause d’un dégât des eaux dans son appartement. Comme il y avait de l’eau qui coulait des murs et du plafond, elle avait installé des bassines et s’endormait avec le ploc ploc doux et rassurant des gouttes et elle avait coupé le chauffage et se foutait sous la couette avec sa bouillotte: Tibouk Kilète bien calée sur elle pour surveiller les risques d’effondrement ou d’incendie du Bordel.
Pour le jardin: elle demanderait à ses frangine et pour les ruches et les poules et bien elle apprendrait, voilà tout!
Quand on est capable de suivre les pas d’un madison, défoncée et avec un carnet et un joint dans les deux mains et sur des échasses, on doit bien pouvoir s’occuper de poules qui pondent des gros œufs et d’abeilles qui font du miel, vous ne pensez pas?

 

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