IGNOCRATIE #94

Ignocratie #94 Molotov

Hermyane avait été tirée de son sommeil profond, calme et tranquille, bercée par un doux rêve de montagne, d’air pur et d’amputés rampants dans le potager pour cueillir de Grosses Framboises; elle avait donc été tirée de ce songe merveilleux, tardivement dans la soirée, par un appel de son ancien chef : le Jorma Vian-Jichelm Deal. Ce dernier avait besoin de ses conseils avisés d’enquêtrice chevronnée depuis belle lurette: la Doursier leur avait échappé. Telle une cocotte minute dont la soupape aurait été endommagée sans qu’aucun sifflement n’ait atteint leurs oreilles attentives; soudainement, donc, elle avait explosé à nouveau. Et qu’elle allait faire cramer la baraque pourrie, pleine de moisissures sur les murs, de champignons dans la salle de bain – et pas des comestibles avec ça, comme chez Hermyane – de Fuite de Gaz, de Puces et d’Acariens divers et variés, et cætera, et cætera, et cætera. Et qu’elle allait foutre le feu à la putain de baraque de ce fils de Salope de Sinodul – car il faut reconnaître aux putes et leur utilité publique et le fait qu’elles permettent au moins à leurs clients de se décharger un peu, voire beaucoup, moyennant finances. Ce qui ne fut bien évidemment pas le cas de ce pauvre Sir Mohiertyn, qui eut accès au trésor sec de sa femme très peu de fois et qui dut se la mettre sur l’oreille un bon nombre d’années. Et qu’elle ferait aussi cramer le chien, les poules et le lapin: tous les condamnés à mort ayant toujours droit à un dernier bon repas avant leur exécution et elle avait tout de même des principes; on ne liquide pas froidement quelqu’un. On attend qu’il nous pousse à bout et on le laisse prendre un dernier repas, avant. Et qu’elle voulait le torturer psychologiquement aussi : lui faire croire que le jour était la nuit, que le bleu était vert, qu’un tournevis allait lui arracher les yeux et que sa soeur était son frère et que son père mort n’était pas son père et que la Rancifos chiait par la bouche chaque mardi et chaque jeudi, et que Charles devait tout manger, sans rechigner et qu’elle foutrait aussi le feu au manoir en toc de la vieille après lui avoir fait boire des litres d’eau de javel. Et que Sinodul mangerait une soupe sucrée et froide jusqu’à ce qu’il vomisse et qu’elle voulait aussi lui faire manger son vomi dans la foulée, et cætera, et cætera, et cætera.
Effectivement, on sentait bien que la jeune femme en avait gros sur la Patate. Et on pouvait la comprendre. Cela étant dit, comme elle était devenue un témoin Capital dans une histoire sordide de tordus de la quéquette, bouffeurs de Tripes, égorgeurs de Biches, Chasseurs en Smoking le dimanche et Fumeurs de Calumet pas de la Paix; il fallait absolument parvenir à la calmer. Hermyane avait alors sauté de son plumard pour essayer de la retrouver et, grâce à ses Bottes, elle avait été sur place en deux coups de cuillère à Pot. Elle avait alors constaté qu’il n’y avait personne et que la baraque de cette chiasse de Sinodul était toujours debout. Seule une odeur de gaz et les gémissements du chien, triste et fatigué de mener la vie de merde de son maître devenu soudainement Capitaliste, arrivèrent jusqu’à elle. Elle chassa le chien de son esprit: elle n’avait plus ni le temps, ni le droit de s’en préoccuper et aurait probablement besoin de son tendon de pouce droit pour aider l’amputé à ramasser des framboises dans le potager. Sur le chemin du retour, le jorma la rappela: la Doursier était revenue, à nouveau muette comme une Tombe et visiblement calmée. Elle demanda un verre d’eau, déchira la photo du Zalloueg, pleura environs cinq minutes, éclata de rire deux ou trois fois et se remit à contempler le dehors et les étoiles. Hermyane rentra donc chez elle, retrouva Tibouk, se servit un kawa avec de la crème Fraîche et songea que cette Doursier devait avoir beaucoup de choses incroyables à raconter et qu’il fallait absolument qu’elle maîtrise encore mieux ses émotions qu’elle ne le faisait déjà.
Elle songea aussi que toutes ces histoires l’emmerdaient au possible et que, n’eut été son sens du devoir et son empathie : elle aurait volontiers aidé la Doursier à faire cramer la baraque de cette chiasse de famille Puante. Mais comme il y avait plus urgent et plus agréable à faire : elle se rendormit en songeant à la bicoque du monsieur de la montagne qui baragouinait des trucs sur les abeilles qui piquent et la toiture qui ne fuyait pas et des dessous de table en bois massif pour y déguster une bonne Soupe de légumes et un lapin à la Moutarde.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s